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Full text of "Gazette du bon genre"

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N° 1. — 1920 



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ART - MODES ET FRIVOLITES 





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FIRST NUMBER 
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NEW SERIES 

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MAGAZINE 






The publication ofwhick was 
suspended durina tne War 




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CONDE NAST PUBLISHER 

79 Wedt 44 th. Street 
NEW YORK U. S.A. 

PARIS 

LES ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 

LONDON GENÈVE 



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-Les v^outuriers cités ci -dessous par 
ordre alphabétique ont contribué à fonder 
la CrazetteduJ3onvjrenre,ou lui apportent, 
en outre, avec leur collaboration, laide 
de leurs conseils. 



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DŒUILLET 
DOUCET 
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PAQUIN 
Paul POIRET 
REDFERN 
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que BEER qui est venu se 



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LA GAZETTE DU BON GENRE 



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Janvier-Février 1920 S031JfîAÎRE 



3 e Année — N« i 



AVANT-PROPOS. . < Henri BIDOU. 

Dessins de SUE. 

L'ETHNOGRAPHIE SOURCE D'ELEGANCE. - Coiffures 

et tatouages PIERRE MAC-ORLAN. 

Dessins de Charles MARTIN. 

LE MADRAS JAUNE (Bon-texte) par Ch. MARTIN. 

POUR LES FILS DE FAMILLES .... Roger BOUTET DE MONVEL. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

LA REDINGOTE OU LE RETOUR AUX TRADITIONS (Ron-texte). 

par Bernard BOUTET DE MONVEL. 
DES PAS SUR LE DÉTROIT. — DE COVENT-GARDEN 

A L'OPÉRA MICHEL GEORGES-MICHEL. 

Dessins d'André MARTY. 

LE RETOUR A LA TERRE CÈLIO. 

Deasias de Pierre BRiSSAUD. 

LA LETTRE SURPRISE (Gravure *ur bou) par SIMÉON. 

LETTRE A UN ENRICHI AMATEUR D'AIGLES 

ET DE LYS HÉRALDIQUES ....... Jean de BONNEFON. 

Dessins de LORIOUX. 

HONOLULU Jean BERNIER. 

Dessins de BÉNITO. 

LE BASSIN D'ARGENT (Bort-lexie) par BÉNITO, 

ROBES - COIFFURES ET MANTEAUX A CAPUCHONS. 

Dessins de ROMME. 
DE LA BEAUTÉ Emile HENRIOT. 

JADIS A GOLCONDE. ET MAINTENANT. Marcel ASTRUC. 

Dessins d'André MARTY. 

PLANCHES HORS-TEXTE 

M Uc PAULETTE DUVAL. -~ Coélume de DœuilUt .... par BARJANSKY. 
TU DIRAS BONJOUR... — Robe de dîner et robe d'enfant de Jeanne Lanvin. 

par Pierre BRISSAUD. 
TANGER ou LES CHARMES DE L'EXIL.— Robe d'apreà-mldi 

et Cape de Paul Poiret par Georges LEPAPE. 

J'AI LE BOUT DU NEZ ROUGE ou UN MALHEUR VITE RÉPARÉ. 

Coàtume tailleur de Worth par André MARTY. 

MODES DE PRINTEMPS (Huit croquu bon-texte) ... par Raoul DUFY. 



La Cadette du ^Bon Çenre 

IS PRINTED AND PUBLISHED IN PARIS 
BY "LES EDITIONS LUCIEN VOGEL. " 

There appears in this issue of "La Gazette du 
Bon Genre,'' ' upon the color plates and croquis, the 
name GAZE TTE DU BON TON. Unfortunately , 
ivith thisfirst number to be issued since the temporary 
discontinuance of publication ofthat French magazine 
during the ivar, the French publisher faihd to 
realize that the name BON TON must not be used 
on publications in the United States. In order, 
therefore, to comply ivith an order of the Court ivhich 
prohibits the use, in the title, of the ivords BON TON 
or any ivords or phrase similar thereto, and the use of 
the ivords BON TON or any ivords or phrase 
similar thereto in any manner in connection ivith any 
such book, booklet, magazine or publication, ive ha-ve 
endea-vored to eliminate thèse ivords ivhere-ver pos- 
sible. Inad-vertently, hoive-ver, the name BON 
TON appears as abone stated, andivhereuer the same 
appears in "La Gazette du Bon Genre," it is there 
by courtesy and permission of the S. T. Taylor 
Company, its exclusive oivners, ivho appreciate that 
the typographical beauty of this magazine ivould be 
seriously marred if thèse ivords ivere in e-very 
instance ejfecti-vely obliterated. 







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JL iCiiliîiograpjaie source a élégance 

COIFFURES ET TATOUAGES 

Peràée monte en amazone. Il eét imberbe, da 
bouche peut être qualifiée de grenade ouverte, le 
creux de ta poitrine edt laqué d'une rote, ded 
brad dont tatouéd d'un cœur percé d' une flèche, il 
a un lyd peint dur le (jrad des molletd. 

JuUd LAFORGUE (Moralités légendaires). 

* ? UELQUES esprits curieux ayant recherché chez divers peuples de 
l'Afrique centrale les éléments de cette sensibilité à la fois candide 
et maniérée que l'on admire 'dans les statuettes 
du pays Bambara, il peut devenir 
intéressant, pour la transforma- 
tion de la mode considérée comme 
un culte, de s'inspirer des prin- 
cipes destinés à embellir les inspi- 
ratrices de ceux qui furent les 
auteurs anonymes de l'art nègre. 
Si l'on remonte aux sources 
mêmes, l'élégance d'une belle 
Congolaise se rapproche de celle 
du lys des champs dont 
la gloire rayonnante est 






la parure naturelle que Dieu lui donna. 
La nudité d'une belle fille de couleur, 
à la condition qu'elle soit d'un aimable 
embonpoint et qu'à l'image de nos cos- 
tumes sa peau ne fasse pas un pli, appa- 
raît comme un idéal primitif qu'il vaut 
mieux ne pas faire adopter à nos dames, 
pour mille et une raisons plus définitives 
les unes que les autres. Car 'il est bon 
de tenir pour certain que la simple 
beauté d'un joli corps féminin ne consti- 
tue pas une parure se suffisant à elle-même. Les filles 
australiennes, celles des îles Salomon, par exemple, qui 
vont nues vers leur destin, ne trouveraient personne 
pour les épouser si le tatoueur et ses aiguilles merveil- 
leuses ne venaient apporter leurs soins. Aux îles Salomon, 
une fille de qualité fréquente le tatoueur, comme une 
Parisienne de même situation fréquente jle couturier 
consacré par le présent. 




Et parmi ces dessins, brodés sur la peau vive, peu sont charmants. 
Les uns copient lourdement les détails les moins décoratifs de la toilette des 
Européens et les autres manquent de distinction par leur 
abondance même. 

A Honfleur, patrie des gentilshommes qui firent la 
grande Course et, entre temps, s'occupèrent de négoce 
avec les nègres, il existe un musée très curieux consacré 
aux souvenirs précis de la vieille flibuste. On y trouve, 
dans une vitrine, un album d'échantillons de cotonnades 
que l'on échangeait contre de la poudre d'or, des dents 
d'éléphants et des maladies contagieuses. Ces étoifes 
bariolées, semées de fleurettes ou simplement rayées de 
bandes rectilignes, durent séduire les négresses, qui se 
firent tatouer à l'imitation des étoffes dont elles 
( n'avaient pas toujours l'occasion d'acquérir les 




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yoifture pour le soir 



Gazette du Bon Ton. — JV° i 



Janvier 1920. — PI. 1 



quelques mètres désirés. Ainsi, du cou au jarret, 
les filles de la Côte d'Ivoire se confièrent au 
tatoueur, qui les enjoliva de bandes de couleur 
ou de fleurs stylisées dans le goût des étoffes de 
Jouy. 

D'autres s'inspirèrent des coulisses, si l'on peut 
dire, de notre élégance. Elles se firent tatouer sur 
le corps des boutons, des bretelles et de mélan- 
coliques ceintures copiées sur les modèles dessinés 
par des bandagistes aigris par on ne sait quoi. 

Les Japonais seuls comprirent le tatouage et 
firent, de certains hommes, une imitation assez 

réussie des paravents pour exportation ou ' des gravures sur bois d'un 
érotisme supérieur à la moyenne, comme celles d'Outagawa et ses élèves. 




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Il ne faut pas tomber dans ces erreurs, si l'on veut, chez nous, 

rendre distinguée la mode de tatouer tout ce que la bienséance et 

l'usage permettent de laisser voir de chair nue. 
Une condition essentielle, pour la réussite 
de ce projet, c'est de donner à chaque ornement 
tatoué une puissance magique naturellement 
protectrice de celui ou celle qui le possède. Le 
porte-bonheur indélébile et de ligne gracieuse se 
verra sur toutes les épaules, sur les bras et sur 
les mains dénudés. 

Le tatouage, sur l'épiderme d'une jeune 
femme de goût, ne peut se 
comparer à l'effet produit 

par des tatouages de casernes coloniales. Ceux-ci ne 

sont, pour l'ordinaire, que des inscriptions comme on 

en découvre sur les murs des geôles, où des gens de 

pauvre imagination vivent en eux-mêmes, avec les 

tristes images d'une mélancolie grossière. Mais il 

est indéniable qu'une main de Célimène peut acquérir 

une étrangeté précieuse par la présence d'un petit 





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dessin teinté, gravé dans la peau et participant à sa vie, comme les veines 
minuscules, d'un bleu tendre, que l'on aperçoit sur les peaux délicates. 



L'imagination de l'artiste qui doit décorer une élégante doit être subtile 
et plus littéraire que plastique. Je sais bien que la signature de l'artiste 
comptera pour beaucoup dans cette mode. Il ne faut pas toutefois qu'elle 
soit plus grande que le dessin. Les tatouages devront être signés avec 
discrétion. 

De cette façon, une femme tatouée par un maître peut acquérir une 
valeur considérable. Une jeune fille tatouée par un peintre célèbre peut 
courir sa chance sans dot. Mais là se pose une question naturelle et 
macabre. A la mort de la propriétaire du tatouage, les héritiers peuvent-ils 
exiger la peau de la défunte ? Tout cela est à étudier. L'essentiel est de ne 
point se décourager. 

N'est-il pas vrai qu'une grande coquette, qui pour n'être pas du 
meilleur monde le fréquentait cependant, fut, sous le règne de Louis XVI, 
tatouée d'une fleur de lys à l'épaule, mais par la main du bourreau. 
Cette aventure fut un précédent. L'héroïne en était la Valois, soi-disant 
comtesse de la Mothe, cette coquine, plus agréable, il est vrai, à tenir 
sur les genoux que le garde-champêtre de mon village. 

PIERRE MAC-ORLAN. 




OU LE RETOUR AUX TRADITIONS 



Gazette du Bon Ton — N° 1 



Février 1020. — PL 




xour les X ils de X amill 



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Chaque jour voit naître quelque institution chari- 
table. Compatissant de ma nature, nul ne s'en 
réjouit plus que moi. Hélas ! que d' œuvres de 
ce genre il reste à créer, œuvres d'un intérêt 
immédiat supérieur ! Que de misères à soulager, 
que de plaies à guérir! Et ce disant, j'insiste sur les plaies 
secrètes, sur les misères qu'à notre époque de vile démocratie 
dissimule une apparence de luxe et de fortune et qui, par 
là même, demeurent trop généralement ignorées. Quelques 
regards attentifs suffiraient pour initier les incrédules aux 
secrets douloureux de tant d'existences mondaines et non 
des moins brillantes. D'eux-mêmes les exemples surgissent 
sous ma plume; mais pour cette fois, je n'attirerai l'attention 
que sur une classe de déshérités, classe nombreuse, classe 
intéressante entre toutes, et que nous désignerons sous le 
terme de fils de familles. 




Qu'on se le dise, 
les pauvres sont revenus 
du front sans rien à se 
mettre. Ils ont trouvé 
leur garde-robe dévorée 
par les mites, rongée par 
le temps, et, sous peine 
de faire figure de loqueteux, 
bon gré, mal gré, ils ont dû 
passer par les exigences de 
leurs fournisseurs. Dure et 
triste nécessité. Il a fallu des 
vêtements pour le matin et 
pour le soir, pour le soleil 
et la pluie, des jaquettes, des smokings et le reste. 
Que faire, je vous le demande, avec des vieilleries! 
Jadis, on portait les vestons étriqués; maintenant 
il les faut larges. On n'avait que quatre boutons au gilet; 
il en faut cinq. On avait du linge empesé, il le faut mou; 
des bottines, et il faut des souliers ; des chapeaux de soie, et 
voilà qu'on exige un claque. Il importe de changer au plus 
vite ses cols droits pour des cols rabattus, ses cravates de 
couleur pour des cravates noires, son manteau de voyage 
pour une cape, et ses bottes pour des leggings. 
Soyez à l'aise dans vos costumes, a 
tailleur. Laissez-moi là vos modes d'avant- 
guerre. Il importe que, même en habit, vous 

soyez à même de 

_/ x< \\ jouer au foot- 

i^C^-^^ _ bail. Et puis, 

| ^p î^ ^. — , 1__^ ne tardez pas 




décrété le 




à vous commander une redingote, vêtement difficile à 
porter, j'en conviens, propre à causer une certaine appréhen- 
sion aux va-nu-pieds du monde politique, mais qui restera la 
marque distinctive des honnêtes gens. J'entends ici qu'il faut 
prendre honnête dans le sens ]arge et ancien du mot. On la 
portera noire, un peu courte, boutonnée à la taille et formant 
jabot, le gilet de même nuance, et les pantalons agrémentés de 
rayures fantaisistes". Sur quoi, de l'air le plus gracieux, le 
tailleur a conclu : " Mes prix ont un peu monté ". Le chemisier 
a fait une remarque semblable, et le 
bottier, tout de suite, a proclamé 
qu'il ne chaussait qu'à par- 
tir de 2S0 francs. 

Ajoutez que par ailleurs 
l'existence devient chaque 
jour plus ruineuse, et vous 
conviendrez qu'en dépit des apparen- 
ces l'élite de notre jeunesse traverse 
une crise sur laquelle on ne saurait 
trop attirer l'attention. Vraiment, je ne 
pense point que des âmes charitables 
trouvent jamais une plus belle occa- 
sion de témoigner leur zèle, et, plus 
j'y pense, plus j'estime qu'il faille promptement remédier à cet 
état de choses. Or, quel meilleur moyen que de fonder une 
œuvre spécialement destinée à la catégorie d'indigents men- 
tionnés ci-dessus? Je la baptiserais, cette œuvre, d'un titre de 
circonstance, mais avant tout discret, quelque chose comme 
" Aide et secours aux fils de familles ", ou bien " La Caisse 
des Gigolos ", ou encore et plus simplement " L'argent du 
tailleur ", et j'en confierais la direction à quelques dames d'âge, 





secrètement au fait de la situation de chacun. Donc, ayant 
fait appel à la générosité publique (et nul doute que la recette 
ne soit abondante), ces dames réuniraient les fonds obtenus, et 
le quinze de chaque mois se mettraient en campagne afin de 
répartir les offrandes avec discernement. Il se pourrait que, 
d'abord, nombre d'indigents se crussent tenus de rejeter 
lesdites offrandes; mais il me semble que l'on puisse faire 
fonds sur la douceur et le tact féminins pour venir à bout de 
si louables résistances. De toute manière, quelque délicate 
que soit leur besogne, ces dames, j'en suis sûr, ne manque- 
raient pas de récolter l'approbation générale, et compteraient 
à leur actif une bonne œuvre de plus. 

Roger BOUTET DE MONVEL. 





LE RETOUR A LA TERRE 



[" E retour à la terre 
correspond à un 
goût académique et 
périodique qui s'em- 
pare de temps à autres 
de la société élégante. 
Lassées des emprunts 
exotiques , les femmes 
font voir un subit amour 
de la nature en arborant 
des toilettes villageoises 
ravissantes de simpli- 
cité. Du temps d'une 
reine sensible et amie 
de la poésie champêtre, 





»7 




elles partageaient, de leurs belles mains, les 
rudes travaux de la campagne dans une ferme 
modèle appelée Trianon. Elles adoraient la 
nature ; mais elles redoutaient l'humidité de 
l'air nommée serein, l'ardeur du soleil à midi, 

et, le soir, la piqûre incommodante des 

moustiques. 

Les hommes, plus mâles, montrent leur 
grand souci des questions agraires (comme ils 
disent) en soutenant, à la députation, une 
politique nettement agricole. Pour eux, les 
campagnes sont surtout électorales. 

Les paysans, de leur côté, font preuve d'un 
attachement indé- 



fectible (style répu- 
blicain) à leur sol 
en faisant venir, 
pour nous, les pommes de terre 
à trente sous le kilo et le beurre 
à quarante francs. Mais lié 
n'aiment pad la campagne. Leur 
culture, purement agricole et nul- 
lement littéraire, ignore Jean- 
Jacques Housseau, George Sand 
et M. Marcel Proust. Cela vient 
de ce qu'ils n'ont connu la poésie 
des champs qu'au grand soleil, 
et non à l'ombre des jeune filles 
en fleurs. 

Les jeunes paysannes, faute 
de pouvoir suivre les conférences 







des Annales, n'ont pas ia moindre idée de la 
charmante simplicité de leurs costumes. Il ne 
se fait pas un beau dimanche qu'elles n'en 
profitent, au contraire, pour se montrer à la 
messe et à la promenade en chapeaux à plumes, 
en robes bleu électrique garnies d'empièce- 
ments mignards et démodés, gantées et munies 
d'un petit sac en cuir tout carton, acheté à la 
sous-préfecture sinon à la foire. 

C'est décourageant, et preuve, une fois 
de plus, que tout va mal et que rien n'est, 
ici-bas, à la place qu'il faudrait. La poésie 
rurale est cultivée uniquement à la ville, alors 

que les 






paysans, 

eux, ne 

rêvent 

que du cinéma. Mais les 
élégantes pourraient, de 
ce fait même, tirer, pour 
leurs modes, de piquantes 
indications : Les villa- 
geoises s'habillent maintenant en cita- 
dines ; pourquoi celles-ci ne s'habille- 
raient-elles pas, à leur tour, en villa- 
geoises ? 

Elles seraient, ainsi, absolument 
adorables. Jamais, d'autre part, les 
ajustements rustiques n'auraient été 
ni mieux ni plus galamment portés. 
Que l'on regarde, ici, d'heureuses 



i9 



idées de costumes empruntées à nos campagnes : des blouses 
montagnardes élégamment appropriées, des vestes courtes et 
des gilets ouverts ; et, plus particulièrement gracieux, des cor- 
sages et des jupes, ajustés et froncées, qui viennent en droite 
ligne de ces Bigoudènes, rustiques habitantes de la Bretagne 
agricole, comme en témoigne, ci-dessus, un charmant frontispice. 
Les poètes, et, plus spécialement cher à mon cœur, 
l'exquis Gérard de Nerval, auteur de Sylvie, roman délicieux, 
ont tellement chanté et vanté les charmes de l'idylle villa- 
geoise... Des détails, de menus inconvénients arrêtaient, 
durant nos campagnes, sur le chemin de l'expérience, les plus 
délicats d'entre nous. C'est donc seulement lorsque les Pari- 
siennes s'habilleront à la paysanne, qu'il nous sera donné de 
connaître les douceurs de l'amour au village. 

Célio. 





Gazette du Bon Ton. — N° j 



Février 1920. — Pi. 3 



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LETTRE A UN ENRICHI 

AMATEUR D'AIGLES ET DE LYS HÉRALDIQUES 



vous connaître 



ovo> o>oy «/» v >'c V y ' AI eu l'agrément, mon cher enrichi, de 
©*> o/v^/ •*/©> a*" P ar un marquis de carte de visite, dans ic uc<im u un 
^•V, X J'JW^*VX Palace qui déshonore de sa façade germanique le 
V # X»X«XBx»X°X° paysage bleu d'un ciel et d'une mer très latins. Notre 



l£ï/Z' 




de votre fortune. 

Le porche, les cheminées, les clefs de voûte du château que vous 

avez acheté portent les armes de l'illustre famille d'Apchier, qui sont " d'or, 

au château sommé de trou tour* de gueule*, maçonné, ajouré et coulléàé de 

sable; la tour du milieu plu* élevée et accoétée de deux hallebarde* d'azur". 



Vous avez eu le goût de ne pas effacer les signatures du passé, de 
respecter ces blasons qui font, malgré tout, malgré vous, de votre actuelle 
propriété, l'éternel bien des grands féodaux qui furent les cadets de la 
maison de Châteauneuf-Randon. On vous a félicité pour cette réserve. Mais 
vous avez tout gâté par un zèle extrême. Quand j'ai dîné à Paris, chez vous, 
mon regard s'est porté sur la lourde argenterie du meilleur style : toutes 
les pièces sont ornées d'un écu timbré de la couronne de marquis. Vous 
avez fait graver sur vos plats, vos fourchettes, vos surtouts, les armes de 
votre château, celles des d'Apchier. Vous exagérez, mon cher enrichi. 
Mais les dieux vous sont favorables. Vous ne serez pas poursuivi. La 
maison d'Apchier est éteinte. Ceux qui en portent le nom sont des bour- 
geois de petite espèce. S'ils s'avisaient de vous persécuter, leurs supercheries 
seraient dévoilées. Ils se montreraient coupables. Vous resteriez ridicule, 
ce qui est plus grave. 

L'or a son droit divin comme les autres royautés, sa raison d'être 
comme les autres puissances. La royauté de l'or risque de finir comme la 
royauté de France sous le couperet de la guillotine, mais pas encore. Il faut 
savoir attendre. La puissance des fleurs de lys d'or a duré neuf siècles. Le 
règne de l'or sans fleurs durera bien un siècle, le temps de vous mettre dans 
le cercueil de bois précieux, à poignées ciselées où vous attendrez la 
clémence ou la justice du Maître. En attendant, votre élégance sera de ne pas 
aimer la politique, de ne pas chercher les succès faciles des comices 
électoraux, de ne pas aimer les décorations qui se portent mal dans le civil 
depuis qu'elles ont retrouvé l'éclat des services miHtaires. 

Votre ambition est de recevoir, d'être reçu, d'ap- 

partenir à la Société. Vous ^QBHu^. voulez entrer dans l'aris- 

tocratie. Vous y réussirez JDH K»« avec de la prudence, de la 

patience,delasou A iSEU^f plesse dans l'or- 

gueil. Vous par ^BÉJ^S^B W k ïG fl^^U ■ viendrez à être 

l'ornement neuf £èS^!Êi pr^B Sn&Ek d'un monde 

surané, si vous ne WLw\ y^S^&^^Êr^T^ ></h ' WÊM prenez pas les 




petits moyens. N'ajoutez pas à votre nom celui de votre terre. C'est tout à 
fait démodé. Cela ne trompe plus les serviteurs, cela n'éblouit pas les caissiers 
de magasins qui ont l'ennui d'écrire deux noms au lieu d'un sur les factures. 

Si vous tenez à vous parer d'un titre, prenez-le tout d'un coup énorme, 
audacieux. N'hésitez pas : soyez duc. 

Mais ce moyen grossier, cette violence, ne sont pas votre fait. Vous 
pouvez entrer dans la bonne société avec plus d'honneur. Apprenez ce 

que les autres enrichis ignorent l'histoire, et vous serez respecté, parce 

que vous serez craint. Je parle de Y héraldique, science qui n'est pas vaine, 
pour qui veut en tirer la leçon de la vie. Votre conseiller d'art vous a fait 
acheter l'autre jour pour votre galerie un chef-d'œuvre — un tableau de 
Toulouse-Lautrec qui est au sommet de l'art par la simplicité des procédés, 
par la grandeur de l'effet. Vous avez dit une sottise : 

— C'est beau, mais quel drôle de nom pour un peintre 1 

Or, ce nom est un des plus vieux de France. L'artiste de génie dont 
vous avez la plus étonnante toile a mené l'existence d'un pauvre être sans 
honneurs et sans argent. Mais il appartenait de nom et de sang à cette 
aristocratie qui pardonne tout à ses fils, excepté le talent, et qui revendique 
ses maréchaux mais ne reconnaît pas ses artistes, quand il plaît à Dieu de 
mettre l'éclair du génie sur les émaux du vieil écu. Ce Toulouse-Lautrec 
sans sou ni maille, dont vous trouvez le nom " drôle ", portait tout simple- 
ment les armes de ses aïeux croisés " écartcléej aux premier et quatrième, de gueuler 
à la croix vidée, cléchée et pomme tée d'or, qui eét de Toulouse; aux deuxième et 
troisième de gueule* au lion d'or, qui eét de Lautrec ". Et par prédestination, 
les tenants de son écu ^ étaient deux génies ailés, à 

la tête flammée d'or. C'est J0j ï^x ainsi, mon cher enrichi, 

qu'on peut être peintre, pauvre et grand seigneur. 



L'étude de 
apprendra l'his 
parvenus, et vous 
rentrer dans le 



l'héraldique vous 
toire des vieux 
ferez parfois 
néant, d'un seul 




mot bien placé, les très-haut titrés qui oublient leurs origines ou leurs alliances. 

Voyez, mon cher enrichi, les La Rochefoucauld. Ils sortent des sires de 
Lusignan, qui ont donné des rois à Jérusalem. Vous pouvez, avec une érudition 
précise, indiquer vingt alliances de cette maison modèle, qui sont prises dans 
la bourgeoisie. Une fille du vicomte de La Rochefoucauld, duc de Dou- 
deauville, vient de mettre le comble aux honneurs de sa race en épousant ce 
jeune héros de la guerre et peut-être de la paix, qui est prince de Bourbon- 
Parme et qui a fait son devoir de Bourbon dans les armées alliées, sans 
prendre inquiétude de son alliance fraternelle avec l'empereur d'Autriche, 
marié à Zita de Bourbon. Les lyé d'or dur champ d'azur, s'accollent à l'écu 
" burelé chargent et d 'azur de dix pièce* à troià chevron* de gueule* brochant, Le 
premier écimé". Et dans le même moment vous voyez que la maison de Bourbon 
fait une mésalliance, qui fermera au petit-fils futur de Robert de Bourbon, 
duc de Parme, les portes de l'ordre de Malte : M lle de La Rochefoucauld est 
la fille d'un Radziwill. Les Radzivill passent égaux aux Rois ; leurs armes 
sont posées sur l'aigle même de cette Pologne, qui ressuscite dans le doulou- 
reux enfantement d'une gloire nouvelle. Le prince Constantin Radzivill, grand- 
père de la mariée, est le modèle des grands seigneurs, courtois à l'extrême. 
Mais la grand'mère, la princesse Radzivill, femme de cœur et de tète, était 
M Ue Louise Blanc. C'est ainsi que les lys d'or de saint Louis sont "blanchis". 

Les parvenus n'entrent pas toujours dans la noblesse par alliances. Ils 
y allaient tout seuls au temps de la monarchie et, parfois, à pas de géants. 

Apprenez l'histoire de Colbert : vous saurez et vous direz que ce 
ministre, si grand, fut petit en cela qu'il voulut cacher sous une généalogie 
fausse, sous un harnais d'emprunt, l'origine très humble de sa fortune : la 
boutique d'un marchand rémois. Il mit en vain toutes les 
d'azur de ses armes sur l'enseigne du commerce 

Méditez cet exemple, 
pas de cacher la truelle de 
vous blesserait de sa 



dorez-la et mettez-la 
écusson, si vous avez 
créer les armes inoffen 
vous êtes l'ancêtre. 




couleuvres 

ancestral. 

mon cher enrichi : n'essayez 

votre père le maçon. On 

pointe. Ramassez-la, 

fièrement dans votre 

la moindre envie de 

sives de la maison dont 

Jean de 
BONNEFON. 



•4 






HONOLULU 



S s s *a guerre gagnée, l'oncle Sam, impitoyable aux idylles nombreuses, 

I L rappela ses troupes; nos trottoirs s'endeuillèrent mais les 
M *fa jazz-band, autre et non moins triomphante forme de l'interven- 
tion, nous restaient. 

Eclos dans les bouges de Frisco où ils saoulaient d'un bruit 
aussi raide que les drinks, puis coqueluche de New- York, ils pas- 
sèrent l'Océan avec les premiers contingents. Ce fut dans les grands 
music-halls, au détriment, au concassement de nos tympans, la 
gloire d'une musique représentative de ce siècle de fer; et enfin, 
dans les dancings restaurés par la paix, la dictature de ces 
" groupes " musicogènes fabriqués en série par quel Citroën ! 

Mais voici qu'Hawaï nous dépêche un orchestre, et, comme 
au temps lointain de la mode argentine, la tristesse ambiguë du 
désir qui cherche et le rythme flambant du désir qui tient vont 
modeler des danses de nouveau très humaines. 

Désormais, foin du moteur à explosion, foin de l'usine, de la 
gare, de la mitrailleuse, du klaxon, de la plainte écorchante du 



a 5 





frein 1 II ne s'agit plus déchap 
rapportent dans leurs instruments 

N était-ce pas, dailleurs, inélt 
douceur et des amours polynésien] 
mais comme une vérité heureuse, d 
du Pacifique ; on répétait les voj! 
comme Baudelaire et les symbolis 
les soirs madréporiques, les nuits 
le gardénia et l'ibiscus. Gauguin 9 

Plus près de nous encore, les d 
et Francis Poulenc, espoir de la t: 
une nostalgique mélodie intitulée : 

Les temps sont révolus; l'heui 
A force d'aller quérir outre-atlantù 
et sa réserve d'amour. On reri| 
dans les danses le sang remplacer 

J'ai vu ces Hawaïens. Ils pjj 
leur musique. Ils en reviendront b 

L'Asie a marqué leurs visagj 
comme les danseuses de l'Insuliij 
naïvement dociles à l'instinct de 1] 

Les hommes, habillés et râbi 
sur la paradoxale chemise de fl. 
jouent du ukalele et de la steeli 

Le ukalele est un violon u 
cordes de ces instruments sont d 
main droite armés d'ongles de 
caresse en quelque sorte à rebron 
guitare couche son instrument à 
complexement et longuement plutt 
de la mélancolie, du doux regret, 
basse, les précipitations fébriles d 

Les danses américaines prei 
alanguissements imprévus; ils les t 



**w& «4MP! 



les ou de bouffées de ferraille ; les Hawaïens 
lammes du désir inspirateur des danses. 

Ieyrouse et Bougainville avaient déjà parlé de la 
les avait fait aimer, non plus comme un mythe, 
: antipodique. On enviait les navigateurs fortunés 
ues de Pomaré, de Rara Hu et de Bora-Bora ; 
quàit, les j'eus fermés et les narines en chasse, 
ntes, et ces chevelures épandues que fleurissaient 
bas. Transports exotiques de toute une génération! 
graphiques nous racontaient des mélopées subtiles; 
sique, écrivait sa Rapéodie nègre, où il intercalait 

ne sonne en même temps que le glas du jazz-band. 
tes à la mode, on va découvrir le Pacifique tiède 
kl-vapeur et la soupape; dans les orchestres et 

Paris, et gagnaient la Côte d'azur si propice à 

èrement, sans les figer. Loin d'être hiératiques 
expressifs et vivaces, languides ou frénétiques, 
; danse, forme première de l'art, 
es pelotaris, conservent cependant autour du cou, 
îtit boa orange de leur peuplade originelle. Ils 

steel-guitare une guitare européenne; mais les 
;oucher s'en fait par les trois doigts médians de la 
mnance est bizarre ; métallique et rauque, elle 

c'est pourtant fort agréable. Le joueur de steel- 
genoux, et touche les cordes de métal qui vibrent 

chantent. La steel-guitare est, en solo, linstrument 
fc vain espoir; ou bien il rythme sourdement, en 
iducteur des paroxysmes. 

ur de ces anciens sauvages, des gravitudes et des 
mvent en mineure, et le fox-trot ainsi traité se fait 






incompréhensiblement sentimental. On conçoit donc a fortiori le 
bonheur avec lequel ils exécutent les tangos tristes d'avant- 
guerre, saccagés par l'américanisme. 

Une danseuse, native également, corse le jeu de l'orchestre 
et parade pour le triomphe du nouvel évangile. Elle 
est grasse, selon l'esthétique océanienne qui voulait 
que les reines, pour être plus admirables, s'imposassent, 
une fois l'an, en un lieu solitaire, une cure mirifique 
d'engraissement à la banane. A l'encontre des hommes, 
elle a conservé l'accoutrement de son pays. Cheveux 
dénoués, couronnée de fleurs, toute cliquetante de 
colliers de bois et de coquillages, elle danse, ceinte 
d'une crinoline de rafia qui laisse le torse libre et les 
bras nus. Sa danse, lente et provocante, est celle des 
récits de voyageurs. Elle s'offre, se refuse, ondule, 
aimante un joueur de ukalele. 
L'homme se dresse, quitte ses 
frères, entre dans l'orbite ma- 
gique, et, toujours jouant, accorde 
le rythme commencé au diapason 
du tout puissant désir. La danse 
se précipite, sans cependant que 
la femme désunisse sa fluidité. 
L'homme pousse des cris étouf- 
fés, éructe des onomatopées 
barbares, se laisse aller à une 
gesticulation précise de tout 
son corps tendu, et bondit 
dans un transport final d'érotisme ingénu. 

Le jazz-band était trop chaste, trop bru- 
tal sans raison; la caressante Honolulu, dont 
s'inspirent déjà tant de robes du soir, étreindra 
toutes nos femmes. 

Jean BERNIER. 




LE BASSIN D'ARGENT ' 

<vobe de dîner garnie de ruban 



Gazette du Bon Ton — W° i 



Février 1920. — PL. 4 



A gauche : Capuchon, manteau et pèle- 
rine tenant ensemble. 




3o 



DE LA BEAUTÉ 

C**w^ jé**"^ NE ^ ame ava it un amant. Ce sont des choses qui arrivent. 

> <s*P tf Afin de plaire à cette dame, son amant lui dit : " Tu es 
""©'ï TJ £@*- ^elle " — en l'enveloppant d'un regard sérieux. Il faut 

y \ avouer que ce garçon manquait totalement d'imagination, 

f Mfè'^x \ e ^ il en f 11 ^ aussitôt puni, car la dame éclata de rire, à 
t quoi il reconnut qu'il avait mis à côté. — " Vous êtes bien 

gentil, répondit la dame en passant la main sur le front du naïf enfant; 
mais voilà un compliment trop vague pour être agréable, et n'y revenez 
plus. " — C'était une de ces personnes qui aiment à reprendre, quand même 
on leur dit des douceurs. Au reste, sa modestie était feinte, et pour lui 
plaire tout à fait il lui fallait des éloges à sa mesure, et nuancés, dont 
chacun voulût dire quelque chose et n'eût pas encore servi. C'est ainsi qu'elle 
eût été attendrie si son ami s'était exprimé de la sorte : " Tu es belle, et 
Stendhal a dit que la beauté, c'est une promesse de bonheur. " — Mais 
il n'avait pas de littérature. 

@ 

On ne dit pas : vous êtes belle 1 à une femme, si on lui est de quelque 
chose. On y est alors trop intéressé, c'est peut-être l'amour qui vous aveugle. 
Dans ce cas : Ah ! que tu me plaid ! fait bien plus plaisir. — Mais que vous 
soyez assuré de ne jamais prétendre à rien d'une très belle personne, et 
que cela soit établi, — dites-lui qu'elle est belle, sans un mot de plus, après 
l'avoir visiblement étudiée : vous la verrez sourire de bonheur, sachant 
que cet hommage lui vient d'un connaisseur, non d'un galantin ; et qu'il est 
gratuit. 



Le sentiment de la beauté est désintéressé. C'est pourquoi la plupart 
des gens ne vont jamais dans les musées. — Trouver beau l'Apoxyomène, 
tout seul, sans que personne vous le souffle, et se dire à soi-même la raison 
qu'on le trouve tel, voilà un plaisir parfait, qui vous hausse dans votre 



propre estime. Un autre, aussi pur, est de sentir la vérité de cette maxime : 
"Aussitôt que le beau lui cause de l'ennui, un honnête homme s'examine 
et travaille à se corriger. " (Maurras 3ixlt.) 

® 

Une très belle chose est accomplie. La beauté, c'est une convenance 
accomplie. Il y a de belle robes, et il y a de belles femmes ; il y a un plus 
grand nombre de belles robes, parce que c'est l'art qui les produit. Mais 
une très belle femme est plus belle que la plus belle robe, étant d'un seul 
jet, sans retouche. Et de très belles femmes sont rares. Mais ce n'est pas 
leur rareté qui les rend belles : elle nous les fait seulement désirer plus 
fort. 

m 

Une femme qui sait s'habiller ne cherche pas les couleurs qui lui 
plaisent : elle choisit celles qui lui vont. 

® 

C'est méconnaître le principe de la Beauté que d'affirmer qu'elle est loin 
dans le passé, derrière nous, et qu'on ne fait pas mieux. — Sans doute, on 
ne fait pas mieux dans l'ordre des choses que d'autres ont parfaites avant 
nous : la sculpture, par exemple, et l'architecture, dont les Grecs ont trouvé 
le type. Mais la musique est récente, et si la plus belle statue a été taillée, 
le plus beau chant est peut-être à inventer encore. 

Déjà Baudelaire, en quelque endroit, a parlé de ce charme infini et 
mystérieux que procure la contemplation d'un navire. — Voici la dernière 
beauté, qu'on ne soupçonnait pas il y a vingt ans, et en vingt ans créée 
de toutes pièces, désormais fixée, parfaite, accomplie : l'automobile, où, 
par l'acier, le nickel, le cuivre, le cuir, le bois, le verre et l'étoffe savam- 
ment ordonnés, de la puissante magnéto jusqu'à la montre dans sa gaine, 
du vermiculage des pneus au juste écartement des roues, du vernis de la 
carrosserie jusqu'aux dimensions du châssis — tout concourt à donner à cet 
appareil, tout d'abord ridicule à voir, cette apparence de confortabilité, 
de convenance, d'harmonie, de robustesse élégante et sévère, — caractères 
éternels de la Beauté, Madame. 

Emile HENRIOT. 
i 










J adis à v^olconch 



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K u o u » o h mmnnuiiniinjiiiaj nniinnnni^ 



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^ oononooonnnnnMtxionnnf TTTTTTTTTTr 



UR un rocher, qu'arrosent la 
Krichna et le Pennar, près d'Haï- 
derabad, dans le Decan, jadis 
capitale du royaume de Télinga, 
renommée dans les temps pour 
une des plus féeriques villes du 
monde, des plus éclatantes, des plus riches, Golconde n'est plus qu'une 
forteresse et qu'une prison, où, il y a 40 ans, aucun Européen ne pouvait 
pénétrer s'il n'avait le permis du prince du Nizam, à qui les Anglais, 
dont il est tributaire depuis 1800, avaient laissé cette prérogative. Les deux 
rivières qui la baignent ne roulent plus, comme autrefois, des diamants et des 
pierres précieuses dans leurs eaux magnifiquement bienfaisantes. Et les tré- 
sors de Golconde se sont ainsi dispersés. Avoir été peut-être par sa splendeur 
l'origine de tous les trésors des contes orientaux, la caverne d'Ali-Baba, et 
n'être plus que le refuge des banquiers d'Haïderabad en cas d'alerte dans le 
pays, du temps des révoltes des Cipayes, quelle diminution et quelle tristesse ! 



33 



Comme il y avait, dans cette richesse mystérieusement produite, dans 
cette pêche vraiment miraculeuse de diamants dans l'eau d'une rivière par de 
grands Hindous tout en bronze, sous l'éclat bleu du soleil dont ces pierres 
gardaient le reflet, plus de poésie, de surnaturelle émotion que dans les 
pierres extraites des mines, mécaniquement, par des ouvriers syndiqués î 

Que sont devenus ces diamants? On en a pu suivre quelques-uns, très 
rares. La plupart, restés au pouvoir des rajahs, participent encore aux 
somptuosités orientales et les rehaussent à la fois. D'autres, partis en 
Europe, s'étaient concentrés dans les cours et, de là, dans les familles: 
cadeaux royaux, prix de services, tendres gages. A quelles 
fêtes ont-ils brillé et quelles femmes embellies? Quelles 
amours servies ou traversées? Quels meurtres, peut-être, 
payés ou quelles trahisons ? A leur origine mystérieuse, 
quels mystères encore ont dû s'ajouter?... Ils renferment 
tout ce qui peut émouvoir l'imagination ardemment rêveuse 
qui mène tout collectionneur. 

Il n'en existe à notre connaissance aucune collection. 
Ces brillants ont pourtant tout le charme 
des vieilles choses, tout un contenu d'his- 
toire et une physionomie particulière. 
Leur forme d'abord les distingue. Ils 
n'ont rien de ces diamants ronds, trop 
semblables les uns aux autres. Carrés, 
rectangulaires, ovales, à larges facettes, 
à haute table, on y sent la main de 
l'ouvrier. Mais surtout leur matière est 
incomparable. Elle semble contenir à la 




3 4 



fois l'eau et le feu : la première dans sa pureté, le second dans son éclat. 
C'est pour eux, semble-t-il, qu'ont été inventées ces deux expressions : 
l'eau d'un diamant, le feu d'un brillant. Leurs reflets sont particulièrement 
étranges : bleutés, dorés, verts ou bruns, roses ou noirs, avec une intensité, 
une richesse de splendeur qu'aucun autre brillant n'égale, comme si 
l'Orient, ce berceau de toute magnificence, y avait laissé sa lumière. 
Mais personne ne les recueillait par goût ou par choix. Ils s'étaient 
amassés, de générations en générations, dans de très vieilles familles, d'où 
jamais peut-être on ne pensait qu'ils sortiraient. 

Soudain, voilà la guerre et les révolutions successives. 
Les trônes s'écroulent à nouveau. Les empereurs tués, 
chassés, enfuis, les sociétés émigrées, sans ressources et 
sans métiers, les diamants les suivent, reliques qui bientôt 
deviennent la sauvegarde et le seul moyen de vivre encore. 
Et les voilà de nouveau dispersés à travers notre occi- 
dent gris. 

Vont-ils nous émouvoir à notre tour? Dans la recherche 
de luxe, de somptuosité actuelle il est 
impossible qu'ils ne nous émeuvent pas. 
A l'heure où le cadre ancien est encore 
celui dont chacun, s'il le peut, cherche à 
s'entourer, aucune pierre ne s'assortit 
mieux aux tapisseries, aux reflets des 
bois de rose et d'amaranthe, aux vieux 
velours profonds, à l'or moulu des anciens 
bronzes. Une femme ne peut pas seule- 
ment paraître riche, elle doit surtout 




55 




être élégante et raffinée ; et porter une de ces pierres est vraiment une dis- 
tinction. Une fiancée qui choisira telle bague, ainsi formée d'un de ces brillants, 
évitera la banalité du solitaire tout en respectant la tradition. Et avoir une 
de ces pierres rares, au moment où l'on veut faire des placements en 
bijoux, est une assurance contre l'infortune. 

C'est ce qu'a compris Robert Linzeler et ce qu'il a réalisé. On se souvient 
des bijoux d'Iribe qu'il avait naguère montés. Sa sensibilité qui s'était mani- 
festée très vive alors a subi, devant ces brillants, après les spectacles de ces 
cinq années de guerre et les émotions qu'il avait éprouvées à Reims au 
sauvetage des œuvres d'art, tout le charme curieux, presque tragique de ces 
brillants si mystérieusement découverts et si soudainement amenés à Paris. 
Il les a rassemblés à nouveau ; et c'est un spectacle singulier que celui de ces 
brillants dont l'éclat profond, doux, intense et chargé de passé luit dans ces 
montures de platine très simples d'une si moderne façon. 

Marcel ASTRUC. 




36 




[ lle PAULETTE 

Costume de Dœuil 



Gazette du Bon Ton. — N° 1 



Janvier 1920. — PL 5 




AS-TU ETE SAGE ? 

Ixobe du souc et robe a entant de Jeanne Lanvin 



Gazette du Bon Ton — N° i 



c& 



Février 1920. — PI. 6 




Lobe cl après-midi et Cape de Paul Poiret 



Gazette du Bon Ton — N" i 



Février 1920. — PL 7 




FT DU NEZ 

ou 



ROUGE 



UN MALHEUR Y1TE REPARE 



ie Wortli 



Gazette du Bon Ton. — N ù i 



Janvier 1920. — PL S 



JK^aoul Uuly 



Soieries de Bianchini Férier & c^ 

DESSINÉES PAR RAOUL DUE Y 



Gazette du Bon Ton, — N ù i Février 1930, — - Croquis de 1 à Yttl 




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EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. i. — Madras en soie, inspiré du mouchoir de fête des Bourbonnaises et des 
Martiniquaises, employé, ici, comme coiffure du soir. 

* 

PI. 3. — Redingote en chetland et pantalon fantaisie. — La robe est en taffetas diaphane. 

* 

PI. 3. — Robe de chambre en satin brodé noir et argent, fermée au moyen de trois 
brandebourgs en ganse d'argent. — La robe blanche est en charmeuse. 

PI. 4. — Cette robe de dîner en salin noir forme jupe-culotte. Elle est garnie de rubans 
Vert jade, effilés par les bouts, remontant des deux côtés et élargissant les hanches dans un 
mouvement de paniers. 

* 

PI. 5. — Ce costume de danseuse espagnole est de Dœuillet. Il était porté par 

M"' Paulelte Duval dans /'Heure exquise, au théâtre Michel. Le taffetas orange et le Velours 

bleu saphir sont brodés or et jade. 

A* 

PI. 6. — De Jeanne LanVin, une robe du soir et une robe d'enfant. La robe du soir est 
en salin et est garnie de dentelle d'argent. Le corsage de la robe d'enfant est en taffetas, et la 
jupe en mousseline blanche rayée de groupes de rubans et garnie de nceuds sur les côtés. 
Bonnet ancien en Velours perlé. 

* 

PI. 7. — Voici, de Paui Poire t, une robe d'après-midi et une cape, l'une et l'autre en 
grosse bure marocaine. Broderies blanches sur les coutures et ornements de pompons en laine. 
La ceinture est un bracelet de cuivre gallo-romain. Le chapeau, grande capeline en paille, est 
la coiffure des femmes de Tanger. 

PI. 8. — Costume tailleur de "Worlh, en jersey grège, rebrodé et garni de loutre. 

* 

Croquis de I à VIII. — Croquis I. Robe de printemps, en satin imprimé. — ■ II. Robe 
de foulard imprimé. — III. Robe de satin imprimé. — IV. Robe de foulard. — V. Robe 
de jeune fille, en taffetas diaphane. — VI. Manteau de Voyage en satin imprimé doublé or. — 
VII. Manteau de Paul Poirel, en sardanapale. — VIII. Manteau pour le soir, en damas 
cortège d'Orphée. 

Les tissus de soie de ces robes et de ces manteaux sont fabriqués par Bianchini-Férier, sur 
les dessins de Raoul Dufy. 

*Jt Af- *$* *?* »Jt *î* »îi »Ji 4» sît *|-» s|* sîc iît *?* tt* aî* aîi i-î* sts Ai *|~ iîï *?"• 4* »»* *%i A* «Js A* A* A* *S* *$* A* A* A* 

Imp. Sfudium. Marcel Rollembourg, Gérant. 



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($\ LA GAZETTE f§£ 

m Bon Genre m 

Ten numbers annually <-.'^ 

not publiskeo <- î* 

in January ano Augiwt >J?V 



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PRICE 

SUBSCRIPTION: TUIRTY-TWO DOLLARS 

Four Dollars Per Copy 



CONDÉ NJST PUBLISHER 

iç West 44th Street 

New York 



* Imprimé » 
éar Uâ prêtée* de 
Studîum - Parut 



N° 2. — 1920 



J 



Année 



G&Zsette du/ 




ART. MODES. FRIVOLITES 




CONDÉ NAST PUBLISHER 

19 West 44 th. Street 

NEW -YORK U.S. A. 



PA 
LES ÉDITION* 
LONDON 
THE FIELD PRESS Ltd. 




N VOGEL 

GENÈVE 
NAVILLE et G< 



-Les Couturiers cités ci -dessous par 
ordre alphabétique ont contribué à fonder 
la (jrazettedul5onCjrenre,ou lui apportent, 
en outre, avec leur collaboration, laide 
de leurs conseils. 

C H ERUIT 
DOEUILLET 
D O U C E T 

L A N V I N 
PAQUIN 
Paul POIRET 
REDFERN 

® ÏORTH 

ainsi que BEER qui est venu se 
i oindre à eux. 



btr v -»<? 5 î>«'' "xti**»^ '~A.G s $t*~ *^d K %* r ' "V^* 8 ***- ^é^te" -s**? 5 ?)*?- *^ 

àrç«pî£. J?^j>»* *#%#*». w«^>w». -**<^»*. -^^^«m. *#%j?*~ ^xçjpe*. -* 



Mars 1920 



GAZETTE DU BON 
<u> w w 

SOMMAIRE 



3 e Année — N*_a 



LA PEINTURE ABSOLUE , ., Henry BIDOU. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

D'UN ORNEMENT DU VISAGE LOUIS-LÉON MARTIN. 

Dessins de ZYG BRUNNER. 

DES PIEDS ET DES MAINS ..,...., LE DANSEUR INCONNU. 

Dessins d'André MARTY. 

LETTRE AU DIRECTEUR DU « BON TON » SUR UN VÊTEMENT INUTILE. 

Nicolas BONNECHOSE. 
Dessins de BENITO. 

AU CIRQUE . . . „. Jean-Louis VAUDOYER. 

Dessins de Jean GALTIER-BOISSIÈRE. 

BEAULIEU DANS LES FLEURS (Hort-texte) .-...-. par Robert BONFILS. 

A LA RECHERCHE D'UN NÉOLOGISME. ...... . ._. Marcel ASTRUC. 

Dessins de PIGEAT. 

ÉVENTAILS ET BRACELETS CÉLIO. 

Dessins de Georges LEPAPE. 

L'ÉVENTAIL D'OR (Horo-texte) . .......... par Georges LEPAPE. 

PROJET D'ARMOIRIES DE LA RÉPUBLIQUE (Frontispice). 

par André .MARE. 

LE FASTE DU PRÉSIDENT ET LES ARMES DE FRANCE. 

Jean de BONNEFON. 
Dessin de LORIOUX. 

LE BŒUF SUR LE TOIT. . par BENITO. 

PLANCHES HORS-TEXTE 

LA VISITE. — Robe d'aprèà-midi et robeà d'enfanté, de Jeanne Lanvin. 

par Pierre BRISSAUD. 
DANCING. — Manteau du éoir, de Paul Poiret . ,.,-.. par Georges LEPAPE. 

LA DOUCE NUIT, — Robe à danêer, de Worth par André MARTY. 

VIENDRA-T-ÏL ? ~ Robe du éoir, de Béer par Pierre BRISSAUD. 

PRINTEMPS. — Robe du matin, de Dœuillet ........ par André MARTY'. 

MAQUETTES de COSTUMES pour le «CONTE D'HIVER » (Huit croquis bon-texte). 

par FAUCONNET. 



La Cadette du ^Bon Çenre 

IS PRINTED AND PUBLISHED IN PARIS 
BY "LES EDITIONS LUCIEN VOGEL. " 

There appears in this issue of "La Gazette du 
Bon Genre,'''' upon ihe color plates and croquis, the 
name GAZE TTEDU BON TON. Unfortunately, 
•with the first numbers to be issued since the temporary 
discontinuance of publication ofthat French magazine 
during the ivar, the French publisher failed to 
realize that the name BON TON must not be used 
on publications in the United States. In order, 
there fore, to comply with an order of the Court ivhich 
prohibits the use, in the title, of the ivords BON TON 
or any ivords or phrase similar thereto, and the use of 
the mords BON TON or any ivords or phrase 
similar thereto in any manner in connection ivith any 
such book, booklet, magazine or publication, tue ha-ve 
endeauored to eliminate thèse ivords ivhercuer pos- 
sible. Inaduertently, hoivever, the name BON 
TON appears asabo-ve stated, andivhere-ver the same 
appears in "La Gazette du Bon Genre," it is there 
by courtesy and permission of the S. T. Taylor 
Company, its exclusive oivners, ivho appreciate that 
the typographical beauty of this magazine ivould be 
seriously marred if thèse ivords ivere in e-very 
instance effectively obliterated. 





Gazelle du Bon Ton. — N° 2 



Mars 19 20 




ROBES DU SOIR, Je JEANNE LANVIN 



E RC I E M c - 

3, Princes Street et 240, Oxford Street 
(OXFORD CIRCUS) LONDONW. 1. 





io, Rue 
de la Paix 

PARIS 



Un Collier " TÊCLA " eôl néceéâaire 
en voyage. C'eàt le éeul compagnon qui 
ne ladde point. 

NICE NEIT YORK LONDRES 




LA PEINTURE ABSOLUE 



L 



UC tourna à droite et entra dans la rue de la Baume. 
Il dépassa, sans s'y arrêter, la maison d'un diplo- 
mate, et celle d'une jolie femme. Son destin l'appe- 
lait. Il arriva devant un petit hôtel dont la porte 
était entr' ouverte. Quelques personnes y pénétraient. Il les 
suivit, et se trouva dans une salle basse, où un tapis gris 
pâle étouffait les pas. Il vit sur une tablette une statue 
qui ressemblait au mécanisme d'une horloge ; mais il 
n'était pas mûr pour la grâce, et il ne fut point terrassé. 
Il monta un petit escalier, entouré de peintures vives 
comme des cartes à jouer. Enfin, il atteignit une sorte de 
hall où des tableaux espacés participaient au recueillement 
général. 

Point de vains cadres d'or ; une bande plate de bois brun 
entourait la peinture, qui donnait elle-même une étrange 
impression de calme et de repos. C'était l'exposition de 
M. Metzinger. Luc en fut charmé sans démêler d'abord la 



3 7 



Copyright JHarà 1Ç20 by Lucien Vogel. Parié 



cause de son plaisir. Au bout d'un peu de réflexion, il s'aper- 
çut que ces tableaux n'étaient composés que de quatre tons : 
l'un de ces tons variait du jaune au brun; l'autre du bleu 
pâle au vert des sels de cuivre ; enfin le blanc et le noir 
achevaient la gamme et se mêlaient parfois pour former du 
gris. " Voilà, se dit-il, toute la peinture : le froid et le chaud, 
la lumière totale et la nuit absolue. Voilà les quatre éléments. 
Un artiste n'a besoin de rien de plus. " 

Il examinait avec un vif intérêt de quelle façon l'artiste 
employait ces quatre éléments. Un tableau surtout l'enchanta. 
Le centre était une tache noire. Les blancs se disposaient à 
l'entour. Les bleus leur succédaient, et les bruns se jouaient 
dans la dernière auréole. Naturellement le tableau n'avait 
point cette rigueur. Les teintes, d'une beauté singulière, étaient 
disposées selon des surfaces et des lignes de forme subtile, 
dont les proportions calculées se répondaient dans un subtil 



équilibre. Beaucoup 
comme construits sur 
données, ou présen 
symétrie bilatérale, 
rieuse inversion, les 
blables à l'un et 
surfaces qui étaient 
devenaient froides 
peinture était comme 
lignes et de plans, 
rées ou sombres , 
et distribuées selon 
Un vieil homme 
observait le même 
gardait. Ils reculé 




de tableaux étaient 
deux arcs de coor- 
taient au moins une 
Mais par une eu- 
figures restant sem- 
l'autre pôle , les 
chaudes à gauche 
à droite. Ainsi la 
un édifice , fait de 
de surfaces éclai- 
froides ou chaudes, 
des lois. 

aux yeux noirs 
tableau que Luc re- 
rent ensemble d'un 



38 




pas et se heurtèrent. Comme 
si ce mouvement symétrique 
avait répondu à l'atmosphère 
du lieu, ils se saluèrent, et le 
vieillard dit : " Monsieur, voici 
la peinture absolue. " 

— " Absolue ", dit Luc, 
en abandonnant son âme aux 
effets de la conversion qui 
commençait à la troubler. 

— " L'artiste, reprit le 
vieillard, ne peint pas les 
choses, mais seulement l'idée 

des choses. Etes-vous plotinien, Monsieur? " 

— " Heu... " fit Luc. 

— " Le monde sensible n'existe que dans la mesure 
où il est pensé. Cette pensée qui construit véritable- 
ment l'univers, est l'objet de la peinture. Il ne faut 
pas copier, Monsieur, il faut 
peindre l'essence même des 
êtres, et leur prototype éternel. 
Voyez, continua- t-il en montrant 
un tableau qui représentait une 
table de cuisine, ceci n'est pas 
un paquet de sucre entr'ouvert : 
c'est le sucre en soi. Le phéno- 
mène est fugitif et le sucre fond 
dans le café ; mais l'idée est 
immortelle et invariable. " 

— " J'ai aimé ces doctrines 
dans ma jeunesse, dit Luc. Je 




.59 




lisais alors Hegel, Villiers de l'Isle 
Adam et le premier Maeterlinck. Puis, 
faut vous l'avouer, j'ai été écarté 
ces austères vérités. J'ai aimé 
l'apparence changeante des 
choses, et les jeux fuyants de 
la lumière, et les 
vains enchante- 
ments. J'ai été 
impressionniste 
et c'est pourquoi mon âme n'est pas pure. Mais 
celle de M. Metzinger l'est parfaitement. " 

— " Elle l'est, Monsieur, dit le vieillard. 
C'est pourquoi dans ses tableaux la lumière 
ne se décompose jamais. Elle reste blanche, 
rassemblée autour d'elle-même en un chaste 
faisceau, belle parce qu'elle est une, et incor- 
ruptible parce qu'elle n'a pas été divisée. " 
Le vieillard disparut. 
Luc ne douta point qu'un ange eût parlé 
par sa bouche, et il résolut de changer de vie. " Oui, dit-il, 
l'absolu seul est beau. Je te maudis, arc en ciel, chatoiement 
de Maïa. Je vous maudis, fuyantes apparences, caprices et 
jeux qui avez diverti mes jours frivoles. Il faut aller jusqu'à 
l'idée des choses. " 

Il descendit d'un pas ferme l'escalier, qui était un escalier 
en soi. Déjà sa vision de l'univers était changée. L'univers 
n'existe qu'autant qu'on le pense, et il le pensait maintenant 
d'une façon dégagée des apparences. Il vit la rue de la Baume 
sous l'angle de l'absolu, et elle n'était plus faite que de 
quatre lignes. Et ces lignes étaient si simples qu'il hésitait 




40 



à s'y engager; il lui semblait marcher sur les figures d'un trait 
de géométrie. 

A ce moment, d'un seuil voisin, sortit M me d'Allodole, 
qu'il connaissait, et qui était la plus jolie blonde de Paris. Et 
il vit, non plus sa frivole apparence, mais son idée éternelle. 
Qu'elle était changée ! A des courbes agréables avaient 
succédé des lignes droites, et par endroits des quarts de 
cercle. Elle était toute faite de plans, de troncs de cône, et 
d'intersections d'un cylindre par une sphère. Elle avait 
l'austère beauté de l'absolu. Sa figure avait perdu tous ses 
traits. Une teinte grise uniforme recouvrait son visage, et 
ses yeux étaient comme deux boutons de bottines. Elle sem- 
blait transparente, et la perspective des murs se voyait à 
travers son corps. Elle avait perdu les frivoles séductions de 
la chair, et Luc était devenu cubiste. 

Henry BlDOU. 





4* 




£)ur> oznznwït t>u, t/U£>ge 

UN jour, Agnès, par jeu, devant sa glace, disposa son 
collier dans sa coiffure et, comme son ami était poète, 
il lui dit : — Tiens ! Un rire de perles à votre oreille. 

Il n'en fallut pas davantage et Agnès 
devint Célimène. Je veux dire ainsi que 
ce qui n'était chez elle qu'un divertisse- 
ment innocent devint un calcul de sa 
coquetterie... 

Je vous donne cette explication pour 
ce qu'elle vaut; mais il me plait d'ima- 
giner qu'une mode charmante ait com- 
mencé à la façon d'un conte de fée. Zon- 
zon, qui lit par dessus mon épaule et dont l'âme 
s'exprime dans son intégrale ingé- 
nuité, m'accuse de vous « bourrer 

crâne » ; mais j'ai appris à négliger 
les points de vue de Zonzon. Quant 
à Valentine, la première fois que 





h 



4* 




je lui ai parlé de l'invention d'Agnès, elle 
s'est écriée : 

— Fi, mon cher ! Un ornement de sau- 
vage ! Et me ferais-je percer les oreilles ? 
Ce qui prouve qu'elle tient à quelque 
virginité. Je lui ai répondu qu'il n'était 
point question de cette opération barbare 
et, quand je l'ai revue le lendemain, sa 
joue s'agrémentait d'un pendentif dernier 
cri. Il est juste d'ajouter qu'elle l'avait mis à 
son chapeau, ce qui était une originalité et une 
anticipation à la fois, puisque, depuis, toutes 
les modistes ont imité le geste de mon amie. Elle expliqua : 
— Vous comprenez : tout est dans la manière de le porter. 
Comme si, de fait, toutes les femmes n'avaient pas préci- 
sément la manière... 

Pour moi, ce que je considère le plus en cet ornement du 
visage, c'est surtout que par lui les femmes aient ajouté à leur 
grâce d'écouter. 
Même la chose me 
paraît proprement 
admirable. Il me 
semblait jusqu'à 
présent que leur 
sourire suffisait, à 
quoi la majorité 
d'entre elles doi- 
vent leur réputation d'es- 
prit. Il n'est pour les 
femmes rien d'impossible 
puisqu'elles trouvent, en 




43 



somme, le moyen de compléter l'absolu. Regardez leurs pen- 
dentifs tandis que vous parlez : cette confiante inclinaison, ou 
ce brusque écart, ou encore ces hochements malicieux. C'est 
des femmes surtout que la parole est d'argent; mais aujour- 
d'hui leur silence est de perles, ce qui le 
rend deux fois appréciable. Je pose en fait 
qu'un homme délicat doit accorder ses pro- 
pos au pendentif de son flirt. Mettrez-vous 
en courroux cette joue caressée de nacre? 
Nous sommes tous délicats ou nous essayons 
le l'être. Témoin Gérard. 

Certain soir, à dîner, Gérard s'éprit de 
sa voisine. L'aventure arrive communément. 
La tempe de la dame s'ornait de perles 
vertes. C'était joli, mais pas tout à fait 
ça. Pourquoi? Cette joue trop pâle peut- 
être... Gérard essaya d'un propos léger. 
La dame s'anima. Gérard avait trouvé; 
il bénit les dieux. Ce rose naissant était 
seyant à ravir. Encouragé, Gérard risqua une allusion plus 
vive. Ce fut tout à fait bien. La joue s'empourpra. La dame 
effleura les doigts de l'indiscret de son éven- 
tail à longues plumes : — Voulez- vous bien 
vous taire ? 

Mais elle était ravie de rougir... 
Pour la suite, ce sont des choses qu'un 
honnête homme ne raconte pas... 
N'allez pas croire pourtant que chaque 
fois que le pendentif de votre voi- 
sine est en perles vertes... 

Louis Léon-Martin. 





44 



des x ieds et des JV\ 



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A danse est un sport, le seul qui convienne 
aux dames — avec un autre que tout le monde 
sait — et combien supérieur à celui-ci! Le 
fox-trot est vainqueur de l'amour. Mieux que 
l'amant aux insistances révélatrices d'un gros- 
sier matérialisme, le danseur berce le rêve, 
contribue à la réalisation d'un état physique 
délicieux, dont les circonstances et le lieu lui 
interdisent de profiter, comme ailleurs en ces rez-de-chaussée 
de garçons où il détourne à son profit d'égoïste masculin un 
fleuve voluptueux, de cinq à sept coulant amoureusement, 
du cerveau par le sang, au corps caressé des danseuses. 

Mais la danse doit être surtout un exercice de beauté. 
Qu'on veuille bien ne trouver ici, dans ces conditions, nulle 
critique ; mais quelques préceptes d'ordre général inspirés 
par l'intérêt supérieur de la danse — le plus grand privilège 
de l'homme, après le suffrage universel. 

Ne pas entourer, Madame, en dansant, de votre bras 
gauche, quelque agrément que vous pensiez avec raison que 
ce doux contact lui procure, le cou de votre cavalier. La 
main arrêtée au milieu du col, le petit doigt sur la couture du 
smoking, comme on nous disait au régiment pour la couture 
du pantalon dans la position du garde à vous. 



45 



La main droite du cavalier?... Placée à la ceinture de 
sa danseuse. Ne pas envelopper du bras déployé, comme 
d'une ceinture de force de lutteur, une taille frêle numé- 
rotée 40 de mannequin. Votre main, donc, arrêtée juste au 





milieu 
venant 




d'un dos charmant, en deçà plutôt qu'au delà, et 
s'appuyer sur le côté du torse, où les doigts sentent, 
entre les côtes et le tulle, le jeu mouvant d'un 
corps plein de jeunesse. 

Et les jambes et les pieds... Ah, ceux-là! 
On doit se persuader premièrement que la danse 
ne consiste pas dans le soin d'empêcher de 
danser son partenaire. Nulle utilité (fffl\ 
apparente et nulle réelle nécessité à ces 
emmêlements l'un dans l'autre, comme 





sous la table pendant le dîner, où cela ne présente pas le 
même inconvénient. Laissez réciproquement à vos membres, 
comme aux petites nationalités, le droit de disposer 



46 



d'eux-mêmes. Et évitez le corps à corps, qui n'est pas de 
la chorégraphie. 

La tête droite toujours, et le plus possible de face ; 
proscrivez ce décentrage systématique de certains qui, éten- 




dant les bras en croix, mettent leur menton à la hauteur de 
la saignée du bras de leur danseuse et réciproquement, 
pour danser, disent-ils, avec plus de commodité. 

Qu'ils jouent au bridge, ceux-là. Justement que 










-.-i /! 



c'est le diable, en ce moment, de trouver un quatrième. 

Conseils généraux, pour conclure, et qui n'auront pas 

été en vain s'ils amènent un seul pécheur à renoncer à 



47 



certaines pratiques entachées de vulgarité. Qu'est-ce, par 
exemple, que ces prouesses acrobatiques plus à leur place 
sur un plateau de music-hall que dans la bonne compagnie, et 
qui consistent à projeter en l'air, de temps à autre, comme 
un gracieux volant, sa légère compagne, quitte à la rattraper 
adroitement sans la laisser tomber au moment où son propre 
poids la fait redescendre à terre ? 

Le bon goût, révolté, se voile la face; et l'amour, remon- 
tant d'un coup d'aile, s' enfuit loin de ces spectacles. 

Il est permis de faire le jazz dans le fox-trot. Défense 
absolue, par contre, de faire le chimmL : tremblotement trop 
significatif, yeux chavirés et bouche crispée. Les habitués 
des bas-fonds de San-Francisco aiment à faire ce chimtni 
dans leur fox- trot. Mais cela n'est peut-être pas une recom- 
mandation suffisante. 

Nul inconvénient, enfin, à danser des one-step très fou- 
gueux — oui; endiablés — oui; longs glissements sur le plan- 
cher et rapides sauts en largeur rapprochant vivement les 
deux pieds l'un contre l'autre. Pas laid véritablement, admis 
enfin, autorisé du moins pour l'instant. 
Profitez -en avant que cela ne soit 
condamné. 

Le Danseur inconnu. 




48 




LETTRE AU DIRECTEUR DU «BON TON» 

SUR UN VÊTEMENT INUTILE 




OUS m'envoyez de fort jolis dessins de Benito, mon 
cher ami : il vous faut, dites-vous, cinquante lignes 
pour les expliquer. Comment répondre à votre 
confiance? Il s'agit de robes, et de bien charmantes : 
que ne me demandez-vous plutôt la moindre chronique sur 
l'immortalité de l'âme ! Voilà un sujet ! mais des robes, et des 
robes d'intérieur encore... On ne sait rien de plus futile, de 
plus inutile. — Vous protestez? un mot de plus et je vous 
enferme dans un syllogisme. 

Les plus jolies robes d'intérieur, on ne les garde pas long- 
temps : si la dame est mieux que la robe, elle l'enlève. Et si 
la robe est mieux que la dame, elle craint de l'user et l'en- 
ferme dans un placard, par économie. Car de deux choses 
l'une : une femme reçoit, ou ne reçoit pas. Si elle ne reçoit pas, 



49 



qu'a-t-elle à faire d'une robe d'intérieur? Si elle 

reçoit, c'est plusieurs personnes. Va-t-elle paraître 

en déshabillé ? Pourquoi pas vêtue de 

pilou, et les cheveux en bigoudis ? — 

JMais si sa porte reste condamnée à 

tout le monde et ne s'entrebâille que pour 

un seul — elle sera vite toute nue. Vous 

le voyez, mon cher ami, la robe d'intérieur 

est superflue. Benito n'y a pas songé. 

Il n'a pas non plus songé à ceci : que 
c'est" toujours les femmes 
qui sortent beaucoup qui 
ont les plus jolies robes 
d 'inté - 





rieur. A 

moins ' 
d'une personne raffinée qui a 
besoin d'un vêtement particulier 
pour s'amuser avec son chien ; 
d'un autre pour faire des bulles 
dans l'eau avec une paille ; d'un 

troisième pour servir le thé; 

d'un quatrième pour sortir du 
bain ; d'un cinquième pour se 
faire peindre; d'un sixième pour 
fumer et dessiner des ronds 
dans l'air avec sa fumée... 

Tout cela n'est pas bien 
sérieux : la Russie agonise, le 
change baisse et la Seine monte ; 

l'horizon est noir. Les dames, 



5o 



direz-vous, s'en soucient peu : la grande afïaire est de séduire, 
à leur avis. Plaisent-elles moins dans la jupe-culotte ou sous 
la crinoline? — Le vrai voluptueux prend du plaisir à 
s'égarer. C'est la recherche qu'il préfère, et, comme à la 
chasse, non le gibier, mais sa poursuite. Nous voulons des 
dessous savants, beaucoup de rubans, de 
nœuds compliqués, des labyrinthes de den- 
telles. Les lingeries modernes qui passeraient 
dans une bague, et qu'on écarte en soufflant 
dessus, elles déçoivent. Elles disent oui plus 
vite que celles 
qui les portent : 
c'est à peine de 
quoi troubler 
des collé - 
riens, et il 
faudrait être 
r o m ant i que 
comme Gautier 
(ou très pressé) 
pour conseiller 
à la plus belle 
de mettre en 
guise de costume une simple 
rose dans ses cheveux. 

Pour nous, vieux philo- 
sophes réalistes, qui n'aimons 
pas les femmes inutiles, nous 
leur demandons qu'elles nous 
charment. La plus jolie robe ne 
servira de rien à la plus laide ; 





et comme c'est pour un regard que nous entre- 
rions dans le feu, c'est aussi pour la beauté de 
celle qui le porte que le moindre voile nous sera 
charmant. Vous pensez sûrement comme moi, 
mon cher ami. Benito aussi. 

Nicolas BONNECHOSE. 




P.-S. — Après tout, mon cher Directeur, je 
n'y entends rien : introduisant en toute chose 
la logique et le sentiment, qui se contredisent. 
Les dames n'entrent point dans ces subtilités, 
et elles n'ont pas tort, puisque leur règle, c'est 
de plaire. Plus fortes en cela que nous, elles 
excellent à nous surprendre, et chassée del 
partout, c'est en elles que la divine fantaisie trouve son refuge. 
Ainsi, au plus fort de l'hiver, on les voit paraître à peu près 
nues lorsqu'elles font grand tralala, et, dans l'intimité, jalou- 
sement cacher tout — même à leur plus tendre ami. Laissons- 
les se vêtir et se dévêtir chez elles ou 
dehors au gré de leur imagination légère. 
Puisque c'est afin de nous séduire 
qu'elles font l'un et l'autre, le mieux 
n'est-il pas d'en être content ? ^ g 



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yi^^-Qrz^Jh 



BEAUL1EU DANS LES FLEURS 

Manteau et jRooes d après-midi 



Gazette du Bon Ton. — 7)/° 2 



Mars 1Q20. — Pi. 




LA VISITE 



vobe d après^mim et roLes d'enfants de Jeanne L, 



Gazelle du Bon Ton — N° 2 



Mars 1920. — PL. u 




A. la recnercne dun xN éologisme 

][ y E moins qu'on puisse dire sur le chapitre de la lingerie, c'est qu'on en 
porte si peu aujourd'hui que cela ne vaut pas la peine d'en parler. On 
ne peut, sans impropriété intolérable, continuer de donner le nom de linge 
a des petits bouts de tissu nécessaires seulement par l'idée qu'on s'en 
fait — et qui sont, d'ailleurs, non en toile, comme tout véritable linge, mais 
en mousseline, en crêpe georgette, en tulle, en dentelle, à ce qu'on m'a dit. 
On m'a dit aussi que les dames ne met- 
tent pas de linge (Ce terme ne va pas. Il 
faudrait trouver un néologisme) ne mettent 
pas de linge pour aller danser. Ha, que ne 
suis-je danseur! Elles ne seraient vêtues, des 
pieds à la tête, ce qui est peu de chose par 
le temps qui court, que de leur robe et 
s'apporteraient ainsi, danseuses intégrales, 
dans les bras de leurs cavaliers. C'est abso- 
lument naturel et fort compréhensible ; et 
l'on sait qu'il faut n'être pas gêné dans ses 
vêtements pour bien danser. 

Maintenant, si leur linge (oh! ce mot...) 
si leur linge est si court quand d'aventure 
elles en ont, ce n'est pas leur faute mais la 
faute des robes qui se portent décolletées de 
^ partout cette saison et voilà tout. Les mora- 
listes ne savent pas, bien sûr, pour 
ronchonner comme ils font, toutes ces 





5 7 








58 




5 9 



excellentes raisons qui me semblent, à moi, si 
claires depuis qu'on me les a dites. Comme quoi 
il n'est rien tel que de parler pour s'entendre. 
Tout paraît simple, lumineux quand une fois on 
vous l'a bien expliqué. 

Il n'en reste pas moins que ces moeurs nou- 
velles, si agréables pour les jeunes, affligent les 
gens d'un autre âge, qui voient là, bien à tort, 
les signes évidents de la fin du monde. Une jeune 
personne du meilleur ton était fiancée. Elle 
épousait un garçon respectueux et soumis qui 
avait la mère la meilleure de la terre. 

Celle-ci trouvait la jeune fille charmante, 
charmante, habillée seulement un peu court, mais 
cela devait s'arranger avec le mariage... O 
naïveté 1 O candeur I La bonne dame, qui avait 
sur les trousseaux de mariée des idées d'avant 
le déluge, emmena la fiancée dans un magasin 

de l'autre siècle où l'on déplia devant elle des pièces de toile à n'en pas 

voir la fin. 

— Vous m'en mettrez, dit la jeune fille, de quoi faire deux douzaines 

de torchons de cuisine. 

Elle ne soupçonnait pas qu'on en pût faire un autre usage... 

Marcel ASTRUC. 






60 




L'EVENTAIL D'O! 

T 

Evenéail eé Bracelets 



Gazelle du Bon Ion. — /V° 2 



Mars 1920. — PL 10 




J VENTAILS 

et BRACELETS 



ARURE de la nonchalante main — avec les 
bagues, mais celles-ci feront l'objet d'une 
autre étude — attributs inventés par la grâce 
pour compléter, illustrer les gestes de la 
femme — c'est à ce titre qu'éventails et bra- 
celets sont réunis, ici, sous le même dévo- 
tieux chapitre. 

Les bracelets : ornement du bras, du 
poignet, voire de la cheville, brillante parure 
de la nudité... Il les faut nombreux. Ils 
doivent être de platine, ornés de brillants; 
en ivoire, bras pivotants en onyx ter- 
minés par des boules chinoises en corail 
rose — pour le poignet. Au bras, des 
bracelets en émail et diamants — souples — 
s'attachant par un pompon et une bouton- 
nière. Pour la cheville, à l'occasion, de 



61 





les modernes. 




Bracetetd de Cartier. Bracelel- 

oerpent, de Badlard, 

chez Linzeler 



simples gourmettes d'or, ou un tour 
de petits brillants — souples, bien 
entendu, mais assez ajustés, non 
trop larges et flottant le long de 
la jambe. 

Ceux-ci pour 
Pour les anciens, 
d'étonnants bra- 
celets indo -per- 
sans du XVII e siè- 
cle, d'un travail 
exquis : anneaux 
en émail et dia- 
mants terminés 
aux deux extré- 
mités par des 
têtes de dragons, 

ou d'éléphants entrelaçant leurs 
trompes ; de gros anneaux thi- 
bé tains en perles de corail agglo- 
mérées; des bracelets extrême-orientaux doublés d'écaillé 
et décorés de pierres de couleur. 

Et les éventails : grands et petits; en plumes, 

en soie et brodés; classiques, baroques; anciens, 

modernes, tels ceux que M. Jean -Philippe 

M WWth fit peindre par d'excellents artistes, 






délicieuse suite d'aquarelles et véritable galerie de tableaux, 
si l'on peut dire, portative. L'éventail, un temps délaissé, 
revient ; il est revenu. Petits, eLUd les emporteront en dan- 
sant. Volumineux en plumes, verts, bleus, rouges, éclatants : 
ma foi, vive la plume d'autruche et gloire à M lle Mistin- 
guett ! Elled les laisseront, pour partir sur la musique, aban- 
donnés sur les tables et les sièges, vives taches de couleur 
dans le décor. 

Ci-dessous, enfin, un éventail de plumes ingénieusement 
monté sur un miroir. Invention parfaitement applicable. 
Pourquoi pas? 

^— r% CÉLIO. 





PROJET D'ARMOIRIES DE LA RÉPUBLIQUE 

par André Mare 



64 



ET LES ARMES DE FRANCE 




EST une histoire du temps lointain où les hommes allaient 
en voitures à chevaux, du temps préhistorique où la 
république de France était conduite par M. Thiers. Le 
vieux chef d'Etat prévoyait la chute prochaine, le soir 
où le piqueur osa l'aborder et lui dire : 

— Monsieur le Président, la porte de l'Elysée par 
le faubourg Saint-Honoré est trop étroite. Il est impos- 
sible de tourner et d'entrer en allure. 

— Entrer! ce n'est pas difficile, répondit M. Thiers avec mélancolie; 
c'est la sortie qui devient pénible. 

Quelques semaines passèrent et M. Thiers partit. Vraiment, il partit 
fort mal, non par la faute de son piqueur mais par celle de M me Thiers 
et de M Ue Dosne. Ces dames, attachées aux biens de ce monde, voulaient 
tout emporter, vaisselle, argenterie, linge, tapisseries, même les plantes du 
iardin. Le garde-meubles fit une défense héroïque et dut aller à l'hôtel de 
M. Thiers récupérer les biens de l'Etat enlevés par erreur. 

Un livre de philosophie pourrait être écrit sur les entrées et les départs 
des chefs de l'Etat : les uns savent mourir, comme M. Carnot, et restent 
grands dans la mémoire des hommes. D'autres font leurs malles avec discré- 
tion et ont la dignité souriante ou la bonhomie moqueuse, comme M. Loubet 
et M. Fallières. 

Un seul eut le grand air : le maréchal de Mac-Mahon quitta la prési- 
dence avec un génie d'attitude qui fut peut-être l'éclair de sa vie. Il refusa 
les services du garde-meubles pour le déménagement, fit distribuer aux 
serviteurs les objets qui appartenaient à la maréchale ou à lui, et dit au 
premier maître d'hôtel : 

— Envoyez chercher un coupé à mon cercle. 

Dans ce coupé vert à un cheval, le duc et la duchesse de Magenta quit- 
tèrent l'Elysée pour se retirer dans leur froide demeure du faubourg Saint- 
Germain, sans rien emporter de ce qui avait été l'accessoire de la fonction. 

Et d'aucuns s'imaginent que tout est simple en république : le protocole 
d'une démocratie est plus difficile à dresser que celui d'une monarchie ; car, 
dans la monarchie, la tradition suit les larges allées bien tracées, tandis 



65 



que la république trouve à chaque tournant des chemins neufs et sinueux. 

Il faudra l'intelligence élégante de M me Deschanel pour créer le proto- 
cole définitif de la présidence. Elle saura trouver des nouveautés tradi- 
tionnelles et des perfections de simplicité, tandis que le Président suivra de 
plus grands labeurs. 

Parce qu'elle est en république, la France doit-elle oublier les beautés de 
sa race et prendre ses modèles à Chicago ou à Buenos-Ayres? Nous sommes 
si peu démocrates que nous craignons toujours de ne pas être assez près du 
vulgaire, et nous voulons effacer l'histoire, même dans ses plus gracieux détails. 

A la manière des grands seigneurs qui croyaient, vers 1790, sauver leurs 
têtes en effaçant leur écu au fronton de leur hôtel, nous nous imaginons que 
nous continuons la Révolution parce que nous laissons la France sans armoiries. 

La république des Etats-Unis a ses armes qu'elle peint et grave un 
peu partout sur la porte de ses ambassades et sur le bâton de ses coiffeurs. 
Les républiques de l'Amérique latine ont des armoiries longuement 
préméditées. La Suisse, qui est la république modèle, impose à ses cantons, 
à ses villes, à ses bourgs, des armes qui sont contrôlées, enregistrées 
et... soumises à l'impôt. Dans le même temps, la France compose pour 
ses consulats, pour les carrosses de l'Etat, pour les sceaux de ses 
administrations, une sorte de chiffre ridicule, un cartouche bizarre où le 
faisceau des licteurs fait penser à la Rome antique, où les majuscules 
évoquent une idée de rébus, où la dorure universelle sur fond de cuivre 
rappelle les panonceaux des notaires ou les plats des barbiers, grinçant 
au vent d'hiver. Par quelle sotte peur d'un passé splendide la France 
cache-t-elle l'éclat de ses armes ? 

Les armes de France I Elles sont partout où l'imbécillité des hommes 
ne les a pas effacées. Elles empruntent la pureté du ciel et l'éclat du soleil. 
Elles se lisent : " d'azur aux trou fleura de ly<i d'or " ou plus anciennement : 
a d'azur aux fleuré de lyà d'or sanà nombre. " J'entends le cri : " Ce sont les 
armes des Bourbons ! " Calmez cette erreur. Ce sont les armes que la 
glorieuse maison de Bourbon a empruntées au pays de France, quand elle 
a pris le royaume de France. Par la longue durée, par l'incomparable éclat, 
les armes du pays se sont mêlées à celles du Roi. Le Roi a disparu ; les 
armes restent. Louis XIV est mort ; Versailles se dresse. La monarchie 
s'est écrasée sur le plancher de la guillotine; cela n'a pas supprimé le Louvre. 
Versailles, le Louvre, les autres châteaux ou palais de la Couronne ont 
passé à la Nation. De même, les armes prises à la France par la maison 
de Bourbon reviennent à la France, quand elle change de régime. Mais les 
révolutions osent saisir des murs ; elles n'osent pas revendiquer un symbole, 

66 



qui appartient au pays. Louis XI, roi qui savait tout, n'ignorait pas que les 
fleurs de lys étaient à la France seule et il écrivait : " Jadià leé enfanta deé Royd 
ne portaient paà leàfleurj de lyé qui sont a la France, tnaié seulement le Roy parce 
qu'il e^t France" . Le droit s'oublie ; il ne se prescrit pas. Le titre de Roi fut en 
d'autres temps le vocable politique du chef de l'Etat, vocable remplacé 
dans le jeu des évolutions par celui de Président. L'un et l'autre ont le 
même droit aux armes de la fonction, aux armes perpétuelles de France. Les 
rois d'Angleterre savaient cela : quand ils se disaient rois de France, ils 
chargaient leur écu des armes de France. 

La fleur de lys était le signe de France, avant la création des armoiries 
régulières, avant l'avènement du premier Capétien, qui prit la fleur en 
prenant le royaume. Cette fleur, qui est peut-être un fer de lance, peut- 
être le trident de Neptune, peut-être la patte de coq inscrite sur le sable, 
ce fleuron trilobé, qui a toutes les forces mystiques d'un signe, doit 
rester à la France comme un bien précieusement immatériel, comme un 
joyau qui ne peut passer ni au feu des enchères, ni au feu des émeutes. 

Que la république de France reprenne les fleurs de lys avec le 
même courage que montre la république allemande, en reprenant l'aigle 
de ses empereurs déchus. Car la république allemande a fait un règlement 
d'armoiries " d'or a l'aigle de éable " , avec toute la solennité de la chose. 

Vainqueurs, osons faire aussi bien que les ennemis vaincus. 

Jean de BONNEFON. 



" Le gouvernement a cboitii 
comme année du « Reicb » 
l'aigle noir Sur fond or. 
Il eôt regrettable que la 
république ait pria comme 



/>. t*^* *£S 




emblème un ai vilain 
OLieau, maigre et la langue 
pendante. " Berliner Ta- 
geblatt, 25 Dec. 1919. 



■-f ^> *> 



S, *£s O» «^ 






6 7 



LE BOEUF SUR LE TOIT 



+ 




La dame décolletée, le barman, le mondieur en habit, le nègre qui joue au billard, etc. dand un 
décor de Dufy et dur La modique de Darius JUilhaud le<i peréonnageà imaginée par Jean Cocteau 
de meuvent avec la lenteur deà àcaphandrierô au fond de la mer — et accompliàdent leà qedted 
eêôentielà de leur vie. Tentative la plue intercédante qui doit. Cocteau rompt avec l'arbitraire glacé 
de la vie transportée au théâtre. Il en donne la synthèse, appliquée avec la pluô vive intelligence 
au sens même de la réalisation scénique. OCOÛÛÛOCfifiOOÛCÛCCfiûûC 




DApSClNG 

[amteau du soir, de Paul Poireé 



Gazette du Bon Ton. — /V° 2 



Mars 1Q20. — PL 12 




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LA DOUCE NUIT 

vote à danser, de "Wortîi 



Gazelle du Bon Ton. — y"V° 2 



Mars 1920. — PL 13 




VIENDRA-T4L? 



^obe du soir de JDeer 



Gazette du Bon Ton — N° 2 



Mars 1920. — PL. 14 




PRINTEMPS 

vooe du rnaéin, de Dœuillet 



Gazette du Bon Ton. — N° 2 



Mars 1920. — Pi. 1} 



\r C£^.+-£33E3L 



AQUETTES DE COSTUMES DESSINÉES 
PAR FAUCONNET POUR LE CONTE 
D'HIVER DE SHAKESPEARE, REPRÉ- 
SENTÉ AU THÉÂTRE DU VIEUX-COLOMBIER. 



M 



jfcvyyqryyj 



.Les projecteurs épanouissent toute une floraison nouvelle. 
lauconnet; mort, ne cesse de fleurir. 

Canaque lois que j enfermais les Tratellmi dans les 
grosses têtes au c Bœuf sur le toit et que je les manœu- 
vrais comme des scaphandriers fouiffant une épave lumi- 
neuse, je pensais au rire de Jauconnet, à sa joie de voir 
des idées prendre forme. 

Oous 1 éclairage magnifique de L-opeau, les messieurs et 
dames de ohakespeare portèrent ses costumes. Un pick- 
pocket de W hitechapef détrousse un berger d Arcadie 
et des marins de Bohème débarquent chez Barbe-Bleue. 

X out cela aussi simple, aussi naturel qu en songe. 

I auconnet-fe-modeste cachait ses toiles, xeu de personnes 
surent qu il était un grand peintre. Il aimait-, récoltait les 
cartes postales naïves, les pipes (jambier. On retrouve 
1 influence des unes derrière sa maîtrise et sa pureté d âme, 
et, dans sa pâte, le charme des autres, ion œuvre rose, pleine, 
ovale, lait penser à 1 œuf, qui est ensemble une promesse 
et une perfection. 

Jean COCTEAU. 



Gazette du Bon Ton. — N" s Mars 1920. — Croquîé de IX à XVI 




qaAÛZÂ-rc?Uo'rà<rH. / Zovo ?l~ '/£ (§à c maM itfZO 6vo9^olo %- Q 




OfûrtéZCL olus'fèoyo f ~fav TL± 2, (2-à QWsoJlj -fûO.n Ca^o^sx nZ-IO 



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EXPLICATION DES PLANCHES 

PL 9. — Deux robeà et un manteau, pour l'après-midi. La robe rouge est en charmeuse, avec 
un devant en dentelle teintée ; la blanche et noire en ruban de tajfetaô et rayée De rubans de salin 
a picola. Cordage en salin. Le manteau est en diallaine avec un grand col en ursine. 



PI. 10. Cet éventail, dont la monture, ouverte, fait voir un paysage en laque sous un large 
soleil, est en tulle lamé or. Les bracelets sont de platine, de brillants, d'or et de perles. Lé serre- 
tête est en satin broché blanc, enroulé de perles d'ambre. 



PI. 11. — Une robe d'après-midi et des robes d'enfants, de Jeanne Lanvin : La robe est et 
salin noir et la petite toque en manille, toutes deux brodées d'argent et de perles rouges. Les robe, 
des fillettes sont en lainage marine; manches en veloura vert jade brodé or pâle, garnitures en velour, 
vert jade. 



PI. 12. — Ce manteau, de Paul Poiret, est un manteau du soir en drap d'or. Il est doublé 
de satin. Le col est formé par une grande bande de broderie marocaine. 



PI. iJ. Voici, de JVorth, une robe a danser qui est formée d'un fourreau en lamé argent 

et rose uni. Elle est garnie de tulle, de plume, et d'une rose. 

PL M- — De Béer, une robe du soir en lamé argent et velours noir broché argent. 



PI. i5. Petite robe du matin, de Dœuillet, en serge marine ; les broderies du corsage et de 
la ceinture sont de raphia de couleur. Un nœud de ruban multicolore pend à la ceinture. 



Croquis de ix à xvi. — Maquettes de Fauconnet pour les costumes du Conte d'hiver, de 
Shakespeare, représenté au théâtre du Vieux-Colombier : Croquis ix. Une bergère. — x. Un 
paysan. — xi. Une bergère. — xu. Paullna. — xm. Camlllo. — xiv. Roggero. — xv. Polixénès. 
— xvi. Le Temps. 

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ordre alphabétique ont contribué à londer 
cette Ijazette, ou lui apportent, en outre, 
avec leur collaboration, 1 aide de leurs 
conseils. 

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Paul POIRET 
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.'OMMAIRE DU NUMERO 3 



Avril 1920 3 e Année 

LA NATURE A PARIS Marcel ASTRUC. 

Dessins de Jeanne DUBOUCHET. 

LES BEAUX JOURS DE FEZ ou LA FATMA IMPROVISÉE (Hors-texte). 

Par Bernard BOUTET DE MONVEL. 

PREMIÈRE LETTRE A UNE ÉLÉGANTE MAROCAINE ... EL VEY. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

LE CHANT DU ROSSIGNOL par Ch. MARTIN. 

KEES VAN DONGEN Jean-Louis VAUDOYER. 

Croquis de VAN DONGEN. 

LES FLEURS DU VOISIN (Hors-texte) par Robert BONFILS. 

LA MODE ET L'HISTOIRE. Emile HENRIOT. 

Dessins de Robert BONFILS. 

ELLES SE MAQUILLENT, ELLES ONT RAISON SYLVIAC. 

Dessins de MAGGIE SALZEDO. 

ET PUIS VOICI MON CŒUR (Hors-texte) par Ch. MARTIN. 

ROBES DE L'ÉTÉ Georges-Armand MASSON. 

Dessins de MARIO SIMON. 

LES TROIS NOBLESSES DE LA CHAMBRE. . . Jean de BONNEFON. 

Dessins de LORIOUX. 

VOILETTES Nicolas BONNECHOSE. 

Dessins de BENITO. 

PLANCHES HORS-TEXTE 

ANTINÉA. — Manteau du soir, de Paul Polret par Georges LEPAPE. 

LES PREMIÈRES ROSES. — Tailleur et robe d 'après-midi, de Worth. 

par Bernard BOUTET DE MONVEL. 

RESPIRONS UN PEU. — Robe du éoir, de Béer . ... par Pierre BRISSAUD. 

VOUS NE SEREZ JAMAIS PRÊTS. — Tailleur et robe de dîners, de Dœuillet. 

par André MARTY. 

POUR LES PAUVRES. — Robe d'après-midi et robe de petite fille, de Jeanne Lanvin. 

par Pierre BRISSAUD. 

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LA NATURE A PARIS 



i-'.^-raV 



Les plus beaux jours 
sont ces jours incertains, 
contraires, criblés de grêles 
subites et obscurcis d'opaques 
nuées, qui verdissent les 
peupliers en les tourmen- 
tant, lavent à grande eau la 
terre, mais font apparaître 
de temps à autre en traits 
de lumière dans le ciel les 
signes certains de l'espé- 
rance. Un besoin de renouvel- 
lement gonfle ridiculement le 
cœur de l'homme. Surpris, il croit entendre pour la première 
fois la chanson vingt fois entendue. Par ses vieux artifices, 
la toute puissante nature 1 engage à tenter encore l'épreuve 
nécessaire à la continuation de l'œuvre qu'elle poursuit. 

Foin de l'expérience et des douleurs passées : une couche 
de peinture sur le paysage ; dans le ciel, des coins de bleu 
habilement recouverts aussitôt que montrés; une poignée 
de musiciens à plumes jetés deçà et delà dans les branches 
basses ou artistement placés en solo sur la barrière verte des 
jardins ; et, dans l'air, une suave musique et des souffles... 




6 9 



Copyright Avril 1Ç20 by Lucien J^ogeL Paru 




toute la fantas- 
magorie aérienne 
déjà employée par 
le génie Ariel 
pour troubler et 
perdre les navi- 
gateurs. . .la bonne 
dame, sûre d'elle-même et 
de nous, ne se donne pas 
la peine de rajeunir ses mé- 
thodes. 

Dans les villes, où la 
hauteur des édifices et la 
disposition des rues, ca- 
chant les horizons, inter- 
disent, à cause du manque 
d'espace, les vastes mises 
en scène, ce sont les entre- 
preneurs de spectacles, les 
restaurateurs, les auteurs 
de revues et les demoiselles de beauté, qui sont chargés de 
déposer et de développer dans nos cœurs l'état particulier 
qui nous disposera à perpétuer l'es- 
pèce. 

Les entrepreneurs de spectacles 
imitent froidement la nature, et usent 
des mêmes procédés sur une scène plus 
petite. Ils nous font voir des paysages 
de rêve peints à la brosse sur de la toile ; 
troublent délicieusement notre esprit 



5^ 




7 o 



*âfi 



~Y 





par la reproduc- 
tion des nuits 
enivrantes au 
moyen d'une lam- 
pe à pétrole placée 
àrîa hauteur gou- 
lue pour éclairer 
la lune de la toile 
de fond ; et rem- 
placent le concert 
des petits oiseaux 
par des musicien 
syndiqués poéti- 
quement dissimu- 
lés au sous-sol. 



Les auteurs 
de revues nous 
subjuguent en faisant apparaître à nos yeux des tableaux en- 
chanteurs qui n'existent que par les prestiges combinés de 
l'électricité, de l'équilibre, des étoffes de couleurs et des 
onguents de parfumerie ; brillent un instant, féeriques et sus- 
pendus, durant que la toile est levée ; et puis s'écroulent 
derrière le rideau dans la confusion, la dérision et le sarcasme, 
en agitant des oripeaux ternis. 

Les restaurateurs, en nous servant des mets et des breu- 
vages préparés chimiquement dans leur officines, allument le 
feu dans nos veines, et répandent dans nos estomacs et jusque 
dans nos membres l'amollissement et la vague douceur 







w 



y 



;i> 




7 1 



*? 



nécessaires à la défaite de la chair. Quand s'inclinent, à la fin 
du repas, vers la dame d'en face souriante et jolie, les visages 
congestionnés et les yeux brillants des dîneurs, alors les mar- 
mitons, fiers de participer à l'œuvre de l'antique Isis, ne 
cachent pas leur joie, et se poussent le coude en s'esclafïant, 
dans l'entrebâille- 
ment des portes 
de cuisine. 



Les demoiselles de 
beauté, elles, n'ont qu' 
laisser voir les quelques 
petites choses gracieuses dont 
la nature a eu soin de parer son 
plus bel ouvrage... Une figure 
énorme, semblable à celle qui se 
montrait, dans les nuits, aux ana- 
chorètes tombés dans la séduction, 
embusquée à tous les points de 
l'espace dans le grand Tout, rit 
d'un effroyable rire chaque fois 
que l'un de nous donne dans le 
vieux piège... Et c'est ce rire qui 
produit les brusques agitations d 
l'atmosphère, particulières à 
la saison nommée printemps. 





Marcel AsTRUC 



¥irt<A 



7 2 




LES BEAUX JOURS DE FEZ 

ou 

LA FATMA IMPROVISÉE 



Gazette du Bon Genre. — N° 3 



Avril 1920. — PL. 16 




remiere 



L 



ettre 



a une 



élé 



gante 



marocaine 




La Chryàalide 



Le Papillon 



à Lala KbadLja, 

^Marrakech. 

■^aaa-*.^ oiN de la ville rose enserrée dans ses murs 



rouges édentés par le temps, aucun ne t'a oubliée 
£ de ceux qui burent chez toi le thé à la menthe 
iÊ gre^ S parfumé d'ambre. 

Je me souviens peut-être mieux que les autres, moi qui 
pris si souvent tant de plaisir à te regarder vêtue de cafetans 
étincelants, ou délicats et subtils lorsque tu les recouvrais 
d'une férajia transparente. 

Tu fus la première femme aux yeux sans visage dont les 
prunelles s'attachèrent longuement sur moi, puis sourirent. 
La vie intime est concentrée dans ces regards : c'est pourquoi, 
sans doute, ils vous poursuivent longtemps après qu'on les a 
perdus. 



?3 







C'était au souk des Orfèvres, 
près du Mellan. Comme tu sais ce 
que se doit à elle-même une femme 
de ta distinction, tu ne fis rien pour 
me revoir. 

Nous nous revîmes cependant. 
J'ai gardé le souvenir de nos promenades 
dans les ruelles de sable, du côté du souk des 
Marchands de soie, ou bien à travers la foule 
amusée de Djema el Fenaa. Je te sentais 
fière d'être regardée avec envie par les femmes 




de ton pays. Mais elles ne considéraient que la finesse du 
tissu de laine de ton haïk, alors que, moi, c'était la beauté 
antique de ta démarche que j'admirais. 

Que de noblesse dans un vêtement fait pourtant d'une 
simple couverture ! La ligne en est pure ainsi que celle des 
sarcophages. Les plis, grâce à l'habileté que tu avais à les 
disposer, rivalisaient avec ceux des plus belles draperies de la 
statuaire grecque. 

Tu m'as montré toutes les modes du haïk. J'ai su ainsi 
qu'il existait, au Maroc aussi, une mode. Elle vient de Fès 
pour toi et tes sœurs, comme elle vient de Paris pour les 
autres femmes. Elle change chaque année ; mais ne modifie, 
heureusement pour les maîtres des harems, que des détails. 
S'il en était autrement, la fortune d'un Hadj Tami el Glaoui, 
pacha de Marrakech, ne pourrait suffire. 

Te rappelles-tu mon enthousiasme lorsque tu me fis voir 
comment une femme berbère, une de celles-là qui ont assez 
peu de pudeur pour montrer à tous leur visage, sait former 




tout à la fois, avec une seule pièce de toile de six mètres de 
long, un corsage, une jupe plissée et un jupon ? 

Vois ici, dessiné par le grand lieutenant aviateur, ce 
même vêtement arrangé pour une Parisienne. C'est ma 
réponse à la question ironique que tu me fis, lorsque tu 
voulus savoir si j'inviterais les femmes de chez moi à porter 
les vêtements que j'aimais voir sur toi. Les Parisiennes le 
porteront. Elles ont mille fantaisies. Mais toi, fille d'un noble 
sang, toi qui as le souverain bonheur de vivre sous un ciel pur 
comme un vers antique, ne revêts jamais, jamais, je t'en 
supplie, ce malheureux costume européen dans lequel tu 
voulus avoir ta photographie. 

Malgré qu'il ne soit qu'un Nazaréen, permets à ton ami 
de baiser le bord de ton haïk — comme il vit faire un jour par 
un homme, qui se jeta en bas de sa mule pour se prosterner 
au pied de ta beauté. 

El Vey. 




7 6 








Décor d'Henri MalÙHe 



l>i: CHAJNnF~i>ir So^fêSoir 



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KEES VAN DONGEN 









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peintre 

de la lemme 



UNE ligne tracée par Van Dongen tremble, palpite, et donne 
sur le papier l'impression de la vie. Cette ligne aiguisée, 
et qu'un peu de couleur vive ou légère agrémente, elle n'a jamais 
la pureté, la précision, la décision qui donnent aussi la vie aux 
dessins de Holbein, aux dessins d'Ingres. L'apparence du 
dessin de Van Dongen, c'est la gaucherie, une enfantine incerti- 
tude. Mais l'apparence est bien trompeuse : elle cache des éche- 
veaux de malice. Une malice saine, presque robuste, qui n'est 
point du tout, comme chez Kops, la fille un peu grossière de la 
perversité, ni, comme chez Lautrec, le fruit amer de la tristesse. 
Ce qui fait le prix, la rareté du talent de Van Dongen, 
c'est que, contrairement à tant de dessinateurs et à tant de 



' "' : 



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' fé, 




peintres, la femme n'est pas, d'abord, pour lui, un motif 
décoratif. Iribe et sa suite, devant un modèle vivant, cher- 
chent une arabesque et oublient parfois un peu trop le sang de 
la chair, le jeu secret des nerfs, l'angle brusque, révélateur, que 
fait une épaule, un coude, un genou. Van Dongen se soumet 
à son modèle. Il transpose d'après l'individu qui est sous ses 
yeux, et non point d'après un style préconçu, permanent. Assu- 
rément, il a sa manière, ses tics, ses exagérations personnelles ; 
mais tout cela est né de la réalité et non point d'une loi orne- 
mentale préétablie. Sa complicité avec la nature est profonde. 
Et, dans cette alliance, c'est lui qui est le plus souvent dominé. 
S'il dominait la nature (il la dominera probablement un jour) 



79 



"\ 



il oserait sans doute dépasser le stade de 
l'esquisse, au delà duquel il ne s'aven- 
ture guère aujourd'hui. 

C'est un portraitiste. Et, dans notre 
mémoire, nous ne gardons de lui que le 
souvenir de portraits féminins. Des 
gens pressés rient de- 
vant ses violentes 
images, aux Sa- 
lons, et ne pren- 
nent pas la peine "^i "^ ( (J 
de distinguer 






que ces tableaux tapageurs sont infini- 
ment riches de délicatesses, de fragi- 
lités. Qui donc, de nos jours, indique- 
rait, comme il les indique, ces passages 
indécis qui vont du cou à l'épaule, 
ces places du corps féminin où la 
,peau laisse sentir l'os- 
sature, ces maigreurs 
charmantes qui font 
songer à une très faible 
épaisseur d'eau qui 
court sur de la pierre ? 
... Avec le recul 
du temps, Van Don- 
gen, pour nos petits 



v 



enfants, sera-t-il Van Dyck ou sera-t-il Peter Lely ; Ricard 
ou Dubufe père? Intéressera-t-il, comme tant de portraitistes 
d'autrefois, parles mœurs du temps qu'il aura représentées, ou 
s'arrêtera- t-on, devant ses portraits, sans songer à leur époque, 
seulement pour l'émotion involontaire que ce corps, ce visage 
susciteront ? Il ne nous semble pas du tout impossible, si 
l'œuvre de Van Dongen traverse les âges, qu'elle donne, plus 
tard, un peu du plaisir sensuellement rêveur que nous donnent 
aujourd'hui un portrait de Prud'hon ou de Gainsborough. 

Les dessins que voici sont un jeu, une récréation. Ils se 
posent à peine sur le papier, comme, sur un mur, le fugace 
rayon qui s'élance d'un miroir qu'on remue au soleil. Voyez : 
l'invention n'est pas supérieure au moyen d'expression 
employé pour la réaliser. |Cet équilibre entre la sensation et la 
main, entre l'esprit et la matière, Van Dongen ne l'obtient pas 
toujours. Mais un crayon furtif, 
une plume cursive fixent ici sans 
appuyer une impression passa- 
gère. Tout est aérien, ailé ; et 
notre commentaire envie ces fines 
ailes... 

Jean-Louis Vaudoyer. 





LES FLEURS DU VOISL 

Robe de Garden-Party 



Ght-pHp 2ii Rnn Grnrp AT ? 



Attt.;i ,««« — vi 



V 




Un des plus certains avantages de la mode, c'est qu'elle change. Com- 
ment ne lui en saurions-nous pas gré, nous autres passéistes résolus, 
qui dans notre soif d'éternel n'avons 
de goût que pour ce qui s'écoule et chérissons 
si désespérément ce qui ne saurait demeurer I 
Les robes de nos amies sont ainsi. Celles 
que portaient aux environs de 1890 les 
dames aujourd'hui chenues à qui nos pères 
dans leur beau temps faisaient la cour nous 
donnent à sourire, à cause de leurs manches 
à gigot et de leurs tournures désuètes... 

Patientez encore un peu : leur souvenir nous ravira bientôt. Et 
pour vous, Madame, il en ira aussi de même. Quelque rêveur, un 
jour, s'attendrira sur vos paniers — quand vos vendanges seront 
faites. Ainsi les belles du Deuxième Empire commencent-elles à nous 
charmer, par le 
prestige de l'éloi- 
gnement : car il 
ne saurait y avoir 
de demi-mesure 
à l'égard des 
dames, et nous ne 
les aimons que de 
loin — ou tout à 
fait près. 

Que de fan- 
tômes nous ont 
ainsi fait battre 
le cœur, à l'âge 
du rêve et de la 
poésie 1 C'est 
mon regret qui 
vous nommait 
alors, belle 



83 




Cassandre et vous, charmantes amoureuses, Thisbé, Ophélia, Marianne 
Alcaforado ; c'est vous, philosophe Ninon, et vous, Madame de Chevreuse, 
qui fuyiez habillée en homme, et toi Manon, et toi Julie, et vous Lespinasse 
que l'amour fait mourir ; c'est vous encore, ô noble Madame Roland. . . Combien 
d'autres encore, héroïnes imaginaires ou réelles, dont le sein a frémi sous le 
péplum, sous la dentelle ou le linon, et qui, chastes ou impudiques, heureuses 
ou désespérées, abandonnées ou triomphantes, avez vécu et n'êtes plus I 

La mode moderne est charmante : chaque jour elle ressuscite ces ombres 
légères, et, par la couleur d'un ruban, ranime les temps abolis. Un instinct juste 
et prévoyant, qui dort à demi au cœur des femmes, leur fait 
trouver bien à propos l'allusion qui flatte un ami de l'His- 
toire. Rappelez-vous comment en 1915 nos amies patriotes 
nous incitaient si gentiment à l'héroïsme, d'une simple cocarde 
au chapeau! Sous le moindre insigne tricolore, leurs mâles 
toques de fourrure avaient l'air de 
bonnets à poil. De vraies petites 
sans -culottes avec cela. S'il leur 
arrivait d'avoir à se rendre, 
c'était en braves et au cri 
de : Vive la Nation ! Or 
grâce à elles nous vain- 
quîmes. Mais elles ne se sont 
pas laissé démobiliser et 
elles ont même ajouté une 
jupe à leur cocarde, une de 
cesjupes péquinées aux trois 
couleurs qui, sous le tricorne, 
vous ont une fort bonne 
allure ' ' Patrie en danger " et 
n'est besoin de gratter très profond chez les 
dames : on trouve tout de suite le volontaire. 
La merveilleuse aussi ; et cela tombe bien, 
car on n'a jamais été plus Directoire qu'en 
ce temps-ci : Barras est roi, la mère Angot 
donne le ton, et les jolies filles vont pieds nus 
comme M me Tallien. Il ne nous manque plus 
que les assignats. Mais ça va venir. 

Cette continuelle évocation du passé 
serait peut-être vite monotone, s'il s'agissait 





92 ". Point 



-£L£t*AJa 



d'une reconstitution minutieuse et savante. Nos Parisiennes ont plus de goût : 
elles n'aiment pas la mascarade et se bornent à piquer ainsi dans leurs ajuste- 
ments un rappel de temps, comme les peintres font des 
rappels de ton dans leurs tableaux. 

Sans parti pris, au gré du hasard et de la 
fantaisie. Et c'est charmant. — Ahî c'est que nous 
l'avons acquis, depuis une trentaine d'années, le sen- 
timent de l'Histoire, qui laissait nos futiles pères si 
indifférents 1 Avouons qu'elles ont bien raison, nos 
ingénieuses compagnes, de nous varier l'existence de 
la sorte : le matin, vous avez mené Théroigne de 
Méricourt au Bois, mais c'est avec Bernerette ou 
Sylvie que vous déjeunez. Le thé, vous le prendrez 
avec Shéhérazade et Nausicaa, et dans son demi- 
panier, tendrement pressée contre vous, c'est 
Camargo ou Mademoiselle de Romans que le soir, 
au bal, d'un corte habile, vous vous évertuerez à faire 
passer de la valse-hésitation au tango-certitude. . . 

Nous, cependant, sous le triste habit noir, et mornes dans 
nos mises exemptes de faste et de fantaisie, remercions ces fées 
bienfaisantes dont l'imagination sait, pour le plaisir de nos yeux, 
colorer la vie monotone. Le domaine de l'irréel leur appartient : 
l'espace, la durée n'y exercent pas leurs pesantes lois, et le seul caprice y 
gouverne, à la confusion de la chronologie. Telles sont 
les continuelles fêtes parées que nous vaut la mode. Ne 
vous frappez pas si la raison en est choquée. On n'en 
cherche pas dans une volière toute remplie d'oiseaux 
bigarrés, tirés des cinq parties du monde, et qui dans un 
charivari de]ramages et de chatoiements font miroiter les 
mille nuances dont leurs plumes sont 
revêtues, pour l'agré- 
la 




ment 



fierté 



l'oiseleur. 

Emile HENRIOT. 




tllftt«tt» ( |j|4|* ft<«l«||0»9ft*« 




85 




EU 



es se maqui 



îllent, 



Eli 



es ont raison, 



car 



si le bon ton jadis l'ordonnait, 
si plus tard il l'interdisait, 
aujourd'hui il le recommande 
presque. Liberté, égalité. 
Toutes les femmes de toutes 
les conditions se fardent et 
elles ont joliment raison, 
puisque le fard les embellit. Elles ne se donnent même plus la 
peine de dissimuler. Regardez-les, au dancing entre un tango 
et un fox-trott, au restaurant 
à la fin du repas... La belle 
prend la petite glace et se 
regarde sévèrement, passe la 
houpette sur son nez, le bâton 
de rouge sur ses lèvres, un 
doigt mouillé sur ses cils et 
d'un index précis consolide 
une mouche de velours ; personne n y 
attention puisque chaque table voit] 

même maniq 
C'est l'i 
il est charmant. Les 
femmes veulent être la plus belle 
et elles ont bien raison. Le résul- 
tat ne répond pas toujoB 9 leurs 



86 






JE DIS LA 

VÉRITÉ 




désirs, mais l'intention est louable 
et ne peut que flatter ceux qui les 
contemplent. Ils auraient tort, 
ceux-là, de dénigrer le maquillage. 
Adroitement employé, il rectifie 
le visage, diminue la joue, agran- 
dit l'œil, fait briller la dent blanche 
sur la lèvre rouge. Il rend plus 
jolie la jolie, charmante la mé- 
diocre, et grâce à lui la laide trans- 
forme sa disgrâce en originalité, pi- 
quant, ou drôlerie. Un visage irrégu- 
lier artistiquement arrangé acquiert 
très souvent un style, un cachet plus 
attrayant que la simple beauté. Le 
maquillage est un art car il consiste non seulement 
à colorer ou aviver le teint ou les traits, mais 
surtout à les accentuer dans le caractère où ils 
ont été créés. Il est aussi une science. Ce qui 
embellit l'une, enlaidit l'autre. 
Certains rouges qui donnent 
à la joue mate des brunes 
l'aspect du brugnon en fleur, 
noircissent la peau bleutée 
des blondes ; une prunelle 
très claire prend facilement 
une expression féroce quand 
elle est encadrée de kohl ; et 
si l'œil est agrandi par l'es- 
tompe ou le crayon brun, un 
trait noir trop appuyé le 




8 7 





rapetisse et lui donne 
un regard vulgaire. 

Comme toutes 
choses de ce monde le 
maquillage a une mode. 
Il y a quelques 
années, s'en- 
duire la figure de crème semblait indispen- 
sable : on était pâle comme un clair de lune. 
Les fortes créatures d'autrefois prenaient 
toutes un aspect anémique et mourant, celles 
d'aujourd'hui, si minces, si frêles, sont actives, 
robustes, ne veulent être ni souffrantes, ni malades, 
aussi ne le sont-elles jamais. 

Ce souci de paraître fortes, ce désir de vou- 
loiij être belles ennoblit le maquillage. Le geste de la femme 
[se farde ne fait plus aujourd'hui sourire personne. Sans 
t-être se l'expliquer, on a compris que non seulement il 
n'est pas puéril mais que, bien au contraire, il a la force d'un 

symbole. 

Sylviac. 




SALXEOO 

is- 1-1920 




ET PUIS VOICI MON CŒUR.. 

Rote alité en voile de Ceylan de Rodier 



Gazette du 



N° 3 



Avril 1920. — PL 18 




ROBES 
DE L'ÉTÉ 

ÉTAIS venu m' asseoir aux pieds de 
cette statue d'Athéné que nous 
avions naguère élue pour confidente de 
notre roman minuscule. Les jardins 
étaient pleins de cris et de sourires. 
Les balles perdues des tennis sifflaient 
débonnairement autour de moi. Mes 
rêvasseries, tournant sans trêve sur 
elles-mêmes, en étaient à ce point où 
la souffrance ressassée glisse à la stupeur et devient son 
propre anesthésiant. Tout à coup, à travers la fumée de ma 
treizième cigarette, voici que je vous aperçus, ô mon amie. 
Vous étiez nue. Je vous félicitai d'avoir préféré cet 
appareil estival au manteau de drap noir que vous portiez lors 



de notre dernière entre- 
vue : car j'ai toujours 
pensé que ce vêtement 
pessimiste n'avait pas été 
sans quelque influence 
sur l'étrange détermina- 
tion qui engagea si pré- 
cocement notre jeune 
amour dans la voie des 
adieux. Mais je songeai 
bientôt que les dix doigts 
dont votre pudeur fri- 
leuse cherchait à garantir 
vos épaules et vos cuisses, 





ne les protégeaient guère 
contre| lesjf traîtrises de] la 
saison. Et tendrement je 
vous enveloppai de toutes 
les robes que peut tisser 
l'imagination d'un poète 
familier des grands maga- 
sins. Tour à tour, je fis 
appel à toutes ces toilettes 
d'un été que notre ardente 
sagesse résolut de s'inter- 
dire, parce qu'il eût été 
trop beau, et parce que des 
cœurs comme il faut ne 



90 



manquent pas de décliner 
le bonheur, quand le 
hasard commet l'étourderie 
de le laisser à leur portée. 
Vous fûtes ainsi, selon 
ma fantaisie, la jeune fille 
acidulée qui prend des 
poses devant la mer ; puis 
la bergère chimérique dont 
les moutons sont des 
nuages; puis la nageuse 
aux muscles d'or, dont la 
peau passée au brou de 
noix défie les coups de 





soleil. Jamais jusqu'alors, 
mon amie, je n'avais 
éprouvé à quel point vous 
êtes un produit de la cha- 
leur. Il avait fallu des siè- 
cles de lumière et de Médi- 
terranée pour que le gâteau 
de votre corps fût ainsi 
pétri, doré, — et me passât 
devant le nez. Nous par- 
courûmes ensemble des 
paradis que mon lyrisme 
inventait avec la rapidité 
d'un film. Dans les campa- 
gnes, les vergers arrondis, 



91 



jaune crème et vert pistache, fondaient sous nos regards 
comme des glaces mi-partie. Nous errâmes de parc en parc et 
de plage en plage. Deauville et ses tangos... Monte-Carlo, — 
mais nous n'y jouâmes point — ... Biarritz... Puis nous fran- 
chîmes la frontière et vous visitâtes avec moi les innombrables 
châteaux que je possède sur le territoire espagnol, dans la 
province de Léon. De grands paons bleus, sur les terrasses, 
y répètent ce prénom toute la journée. Ce sont des animaux 
extraordinaires : quand on leur marche sur la queue, il en 
sort un feu d'artifice. Vous souvient-il de ce voyage? Vous 
portiez alors, si je ne m'abuse, une robe de tulle illusion... 
On. . . va. . . fer. . . mer ! psalmodia la voix maeterlinckienne 
d un garde. J'étendis pour vous emmener la main vers votre 
main, mais, comment cela se fit-il, ô mon amie ? je ne ren- 
contrai que l'orteil froid d'Athéné. Le jardin était vide. Les 
robes de l'été s'effaçaient entre les branches. Ma treizième 
cigarette s'éteignait... 

Georges-Armand Masson. 





JLes Irois .Nobl 



esses 



de la i^liaîiib 



re 



TROIS espèces de noblesse française sont représentées dans la Chambre : 
celle de la monarchie qui est ancienne ; celle de l'Empire qui garde les 
reflets de la gloire ; celle de la génération spontanée, qui montre une 
tumultueuse fantaisie. Par le nombre, la troisième catégorie l'emporte 
sur les deux autres réunies. 

Le seul privilège que gardent les anciens nobles est de ne pas insister 
sur la race. Qui est plus démocrate que le marquis de Dion, Dion-Bouton 
pour ses ouvriers ? Il descend cependant des ducs de Brabant et sort de 
Jean de Dion, héros des croisades, qui finit gouverneur de Cambrai. Son 
aïeul fut le chevalier de Dion qui reçut de Louis XV le titre de baron, par 
lettre du o février 1761, tandis que Charles- Joseph obtenait l'érection en 
marquisat de la seigneurie de Malfrance, avec règlement d'armoiries qui 
rappellent l'écusson de Philippine de Wavre, fille de Jean, duc de Brabant : 
« d'argent à L'aigle éployée de éable becquée et membrée d'or, chargée en cœur d' un 
ecuààon de Brabant qui e<it de jable au lion d'or armé et lampaéàé de gueuleé, bordé 
d'une engrelure d'or » . 



9 3 



Tout cela, qui est vieux, reste net et légal, tandis que les plus modernes 
s'amusent à des fantaisies. M. Ginoux- Defermon fait penser à ces argen- 
teries dont les commissaires-priseurs disent : « n'est pas en règle avec le 
contrôle ! » Le comte et le baron Defermon étaient deux frères appartenant 
à la bourgeoisie de Chateaubriant, Joseph devint comte en mai 1808. Ses 
deux fils n'avaient pas d'enfants. Sa fille, Jeanne, épousa M. Ginoux, d'où 
César- Auguste Ginoux autorisé en i865 à recueillir le titre de comte. César, 
qui fut député, est mort célibataire en 1889. Ses frères ont demandé en vain, 
le 24 janvier 1892, à prolonger leur nom du « Defermon ». Ce refus n'em- 
pêche pas le comte Ginoux-Defermon de paraître existant avec ses armes, 
« d'hermine au jauvageon de table à deux greffed, celle de dextre à feuilleo et 
pommeô d'or, celle de ééneàtre a feuillet et pommeé d'argent; au franc-quartier de<f 
comteé-coiueillerd d Etat, » 

Pour les Chappedelaine, qui ont un député, l'affaire est plus compliquée. 
Il y a deux familles du même nom. L'une est bonne, l'autre est médiocre. 
Les deux portent les mêmes armes : de éable a une épée d'argent, la pointe en 
baé, accompagnée de éix fîeuré de lyd du même, rangées en baudet, troid en chef, et 
troià en pointe. 

Les bons Chappedelaine appartiennent au Maine-et-Loire. Les autres 



sont en Bretagne et 
bre 1668 à cent 
entrée par erreur 
1774, ^ e Parlement 
indulgent. Un Chap 
en épousant M" e Pi 
sœur de l'auteur de 
Saint-Nicaise contre 
Avec ce titre, 
laine représente le 




condamnés le 3 octo- 
livres d'amende pour 
dans la noblesse. En 
de Bretagne fut plus 
pedelaine s'illustra 
cot de Limoëlan, 
l'attentat de la rue 
Bonaparte. 
M. de Chappede- 
passé en bel air et 




94 



haute courtoisie. Ce passé ne donne plus de ducs au Palais-Bourbon. Ni 
Uzès, ni La Rochefoucauld, ni la Trémoïlle, ni Talleyrand, ni Luynes ; 
pas même un Noailles } Et ce n'est pas le suffrage universel qui rejette les 
ducs. Ce sont les ducs qui boudent, ou qui sont morts, simplement comme 
des preux, à la noble manière du jeune duc de Rohan-Chabot. 

M. d'Audiffret-Pasquier remplace malles anciens : anobli du XIX e siècle, 
il mêle la robe à la finance, le tout chargé d'une substitution légale de i863. 

L'absence des ducs de la monarchie laisse la place de Jupiter dans 
l'Olympe du Parlement à un personnage d'Empire, à son Altesse (i853) le 
prince Murât, nouveau député du Lot. Ce haut seigneur descend de Pierre 
Murât et de Jeanne Loubière, paysans de la Bastide-Fortunière, qui deman- 
dèrent en 1787 la réforme militaire de leur fils, chasseur au régiment des 
Ardennes (Archivée de L'HérauU 122 C. 744)- La faveur fut refusée et le soldat 
Murât devint maréchal de l'Empire (1804), grand amiral (1806), prince de la 
famille impériale (180 5), grand duc de Clèves et de Berg (1806), roi de 
Naples (1808). Il devint surtout le fortuné mari de Caroline Bonaparte. 

Le député tout neuf a ainsi le sang de trois maréchaux : sa mère était 
une Ney, sa grand-mère une Berthier-Wagram. Mais Son Altesse porte à 
la Chambre d'autres alliances. Il est le parent de Guillaume II par 



Marie -Antoinette 
le 4 février 1808 un 
branche aînée, de 
roi de Roumanie . 
le député touche à 
chesse de Bavière, 
Du côté autrichien, 
pourvu de plus près : 
a épousé en i885 le 
premier ministre de 




Murât qui épousa 
Hohenzollern, de la 
celle qui a donné le 
Par les Wagram, 
Marie-Thérèse, du- 
femme du maréchal, 
l'élu du Lot est 
la sœur de son père 
comte Goluchowski, 
feu François-Joseph. 



9 5 



L'Autriche paraît encore avec M. Maurice de Rothschild, dont le titre 
viennois porte la date du 25 mars 1817. Mais le nouveau député a effacé 
cette marque par d'élégants services d'interprète aux armées alliées. Même, 
il a quitté la grotte d'Abraham pour celle de Lourdes, et il scandalise les 
revendeurs du temple en menant le bon combat sous les bannières azurées 
de la Vierge. 

Pour sortir du grave et entrer dans la joie, il faudrait conter les efforts 
des fermes républicains qui désirent entrer dans la noblesse. Mais ils sont 
trop ! Et mieux vaut finir par une curiosité héraldique, intéressant deux des 
généraux qui ont sauvé la France. Le général de Curières de Castelnau, 
gentilhomme du Rouergue et le général de Maud'hui, noble lorrain, ne sont 
ni parents ni alliés. Or, ces deux élus qu'unit la seule fraternité de la gloire 
ont la même pièce principale d'armes, le chien, symbole de défense fidèle. 
Les Curières de Castelnau portent d'azur a un lévrier d'argent colleté d'or. 
L'écu des Maud'hui est d'azur au chevron d'argent, en chef de deux, étoiled d'or 
et en pointe d'un lévrier d'argent colleté d'or. 

Simple coïncidence qui relie les étoiles aux étoiles ! 

Jean de BONNEFON. 




96 






VOILETTES 



UAND on aime ]es clames, il faut aimer tout d'elles : 
ce qu'elles veulent bien nous en laisser voir, et ce 
qu'elles nous cachent. Et, par dessus tout, la 
manière qu'elles ont, l'une et l'autre, particulière à 
chacune, d'être, de paraître ou de disparaître. Point de salut 
hors ce principe. — Or, toute nue, la plus belle ennuiera bien 
vite : on en a trop tôt fait le tour. La sagesse des nations l'a 
dit : l'ennui naquit un jour de l'uniforme ôté. — Et les Chinois, 
qui s'y entendent, au plaisir, savent fort bien ce qu'ils font, 
lorsqu' ayant à donner un présent, ils l'enferment d'abord dans 
une boîte minuscule qu'ils placent dans une seconde un peu 
plus grande, laquelle est contenue dans une troisième, elle- 
même enfermée dans une quatrième, et ainsi de suite : à 



97 





défaire cette succession de cachettes 
et de liens, la curiosité se pique, 
l'agrément en est multiplié, et c'est 
l'impatience qui met son prix à la 
surprise. Il faut méditer ce très sage 
exemple. 

C'est pourquoi, ma chère dame 
et amie, je vous trouve extrême- 
ment coupable et malentendue aux 
choses de la volupté, 
lorsque vous parais- 
sez d'emblée décolletée jusqu'à 
Schafïhouse (cf. chute du Rhin) — 
et que vous vous promenez les 
jambes nues — comme si c'était sur 
les boulevards qu'on s'en va pêcher 
la crevette. — M lle Yvette Guilbert 
avait bien plus raison, 
avec ses gants noirs 
montants : elle ne mon- 
trait pas tout. Et aussi 
nos demoiselles qui dan- 
saient le chahut, en 
1890, dans leurs dessous à falbalas. On y 
reviendra à ces franfreluches. — Vous êtes 
trop nue, Amélie. 

Ceci pour vous dire qu'on ne saurait 
rien imaginer qui charme plus que la voilette 
— et combien un véritable ami des femmes 
est content d'en voir la mode revenir. — 
Rien de plus galant que la voilette. " Ah ! Led 





premiers bauerd à travers la voilette ! " — Rien 
de plus prudent, aussi, les jours que l'on 
a quelque intérêt à n'être pas remarquée. 
— Rien de meilleur, en outre, pour le teint : 
car, après tout, ils nous 
ennuient, les hygiénistes 
qui veulent que la peau 
respire et ne jurent que 
par épidermes bronzés, 
halés, noircis... Un 
visage rosé, fragile, à qui 
sa délicatesse permet 
encore de rougir. . . eh ! 
n'est-ce rien ? — Proté- 
gez vos teints, mes- 
dames. La voilette 
vous ira fort bien. 
Comment la 
porter? Ma foi, libre 
à vous, du moment que vous en portez. 
Ici encore nous vous laissons toute 
latitude — assurés que vous nous 
charmerez toujours par quelque inven- 
tion nouvelle, imprévue, inédite. Voi- 
lette en dentelle, ou en tulle, ou en 
mousseline ; voile ou résille ; à fleurs, 
à pois, à ramages, en cloche, en cage, 
en abat-jour; sombre, légère, lourde, claire... A 
votre guise ! — Seulement, cachez le nez, les yeux, 
les oreilles ; ne laissez apparaître que la bouche, 
c'est assez piquant. Je veux bien que le nez dépasse, 





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mais à peine : cela 
dépend de lui. Mais 
de beaux yeux bril- 
lants à travers ce 
masque léger, ils ne 
manquent pas de 
douceur. . . 

Au fait, prenez -vous -y 
comme bon vous semble, 
chères dames : car vous 
aurez toujours raison, avec 
nous, et de nous. Le mieux 
est de faire semblant de 
vous cacher, de vous sous- 
traire à nos regards, à nos soins. Défendez-vous, accumulez les 
gardes ; un voile qui ne cache rien trouble cependant beau- 
coup plus que la vue sans restriction du plus beau visage. — 
A quoi sert-il donc, direz-vous, s'il ne cache rien ? 

— Hé ! comptez-vous donc pour rien le plaisir de l'ôter ? 

Nicolas BONNECHOSE. 






ianteau du soir, de Paul Poiret 



A™! ,n, n .- PI 




LES PREMIERES ROSES 

£ ailleur ei robe d après~mit]i, Je "Wortfi 



Gazette au 



-N°3 



Avril iû2o, — PI. 20 




RESPIRONS UN PEU 



Robes du soir ? de Béer 




A*.MA«VT<->Vo 



VOUS NE SEREZ JAMAIS PRÊTS 

Tailleur et Robe de dîners, de Dceuillet 



Gazette du Bon Ton. — N° j 



Avril 1920. — PL. 22 




POUR LES PAUVRES 



*.oî>e d'après-micii et rote de petite fille, Je- Jeanne Lan vin 




:ROQUIS de Modes d'Été 

par Mario Simon 

a après les JVxoaèles ae 



BEER ® © 
DOEUILLET 

L A N V I N 
Paul POIRET 
W O R T H © 



Gazette du Bon Genre N* j. — Avrîl 1920. — CroquU de XVII à XX 




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EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. 16. Cette robe, inâpire'e du coàlume marocain, edt drapée à ta manière deà femmed 
berbères. EUe edt faite en crêpe georgette. 

p l- 1 7- — P° ur leà garden-party, une robe Louid Xf^I, en organdi, et cordage en tafetaà. 
Leâ panneaux et Le col dont garnie d'une fine broderie blanche ; à la ceinture, une rode de àoie. 

PI. 18. — Petite robe pour la àaiàon d'été : un voile de Ceylan, tiddu de Rodier, forme la 
jupe et leà mancbeâ ; et le cordage eét en crépon carrelé de bleu. 

PI. 19. — De Paul Poiret, un grand manteau du doir en velourd, élargi par d'énormed 
mancbeâ en drap d'argent. Tiare et glanda d'argent. 

PL 20. — Une robe d'aprèà-midi et un tailleur, l'une et l'autre de Wortb. La jupe du tailleur 
eét en " kadha" à carreaux ; la jaquette en " kadha " noir; le col et leà mancbeâ en pliddê organdi. 
La robe d'aprèd-midi edt en àcrge foulard, avec un tablier brodé, une ceinture en peau teintée; 
et une longue cape en derge foulard marine brodée, doublée de derge blanche brodée vieux rouge. 

PI. ai. — Ceâ deux robed pour le ooir dont de Béer. Le premier plan eét une robe de laine 
d'argent brochée argent; fleura de jaid a la ceinture, épauletteâ de diamant. La tunique noire, 
rouge et or, edt toute en pailletted ; cordage et ceinture en datin noir ; bretelled perléeâ de rouge. 

PI. 22. — De Dœuillet, un tailleur encovercoal ; jaquette formant godetâ dur led hanched. 
Et une robe de dînera en tulle brode de guirlanded de fleura de pommier ; cordage en ruban de moire. 

PI. 23. — La jeune fille porte une robe de taffetaà "libellule " brodé, ceinte d' un grand nœud 
d'organdi. Son chapeau edt une cloche en paille fine, ourlée de tulle et garnie defleurd blancbed qui 
entourent la forme et font leâ brided. La petite fille a une robe en taffetaà brodé, garnie d'un grand 
nœud ; et la capeline qui la coiffe edt nichée d'organdi. — Robed et chapeaux de Jeanne Lanvin. 

Croquis xvn. — (de gauche à droite) Robe en " crepella " bleu, broùeried de laineà de 
ditférenteà couleurd. Robe en mouddeline et taffetaà " libellule ", brodée de doit crème dur la moiu- 
âeline. Robe et petit manteau de " kadha " noir et de derge foulard, la robe brodée de laine, 
doulache et tubeà vert jade. Led deux premièreà de Poiret, la troiâième de Lanvin. 

Croquis xvm. ■ — Robe de dtyle pour leâ dînera, en taffetaà "libellule "rouge ceride, formant 
petite crinoline. Tailleur à troiâ pièceà en lainage beige ; la jaquette enlevée, cela devient une robe 
d'aprèd-midi formée d'une longue cbemide de voile. Ceâ deux robeà dont de Wortb. Celle de droite 
edt en crêpe georgette bleu roy imprimé; gilet linon blanc; pliddéd mouddeline bleue : De Béer. 

Croquis xix. — Robe du doir en tulle bleu dur fond de jupe en drap d'or; cordage drap d'or 
avec grand pan formant traîne ; broderied perleâ bleueâ et noireâ au cordage; guirlanded de fleura 
formant épaulelled. Robe de dînera en taffetaà glacé ceride et blanc, brodée d'épiâ ceriae et argent. 
Ced deux robed dont de Dœuillet. La troiâième, de Wortb, edt une robe du doir en datin blanc 
crème, garnie de girandole* de perled ; cordage drapé, avec une aigrette et une rode. 

Croquis xx. — Robe de crêpe " korrigan " noir carrelé de blanc ; col et manchetteà 
d'organdi. Robe de derge thibettine brodée de drap et de doulache de laine rouge vif; col de la bloudc 
en tricot de àoie blanche. — Ceâ deux robeà dont de Lanvin. — De Béer, la iroùième, qui 
edt en crêpe georgette grid perle et bleu toile, brodée de louted led couleurd. 

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bnp. Studium Marcel Rottembourg, Gérant. 



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